Azawad-Mali! Un accord partiel, partial, complaisant ou comique…?

Sidi-Ag-Baye-Tabaski-Texte

 

L'accord d'Alger censé apaiser les tensions et poser les jalons d'un nouveau contrat social, sur la base des compromis et des concessions mutuelles, devient ipso facto l'accord des désespoirs, des réticences et des questionnements. Il suffit de voir les marches de protestations contre la signature forcée d'un accord qui lèse le peuple dans tout l'Azawad, pour affirmer que l'accord nie la légitimité et la véracité historico politique de la question de l'Azawad et laisse totalement en marge les aspirations profondes des populations, ce qui contraste avec la paix. La dimension politique du conflit, les frustrations longtemps endurées, le divorce voulu...ont été abusivement éludés par la médiation algérienne, avec la caution expresse de la communauté internationale, au profit exclusivement des aspects liés au développement et au retour effectif de l'administration malienne; une solution partielle.

Il est vrai que si les insurrections précédentes n'ont pas dépassé les frontières de l'Algérie, la dernière née des insurrections a brillé par son internationalisation, ce qui du reste, devait impacter positivement les négociations. Pour la première fois, le dossier de l'Azawad fut déposé sur la table du conseil de sécurité des nations unies pour un traitement objectif, équilibré, définitif et global au bénéfice de toutes les parties et de la paix dans toute la sous-région, mais en fin de compte, on se retrouve avec des solutions sciemment décalées de la réalité et peu soucieuses des souffrances et de la paix, ayant un caractère de forcing, dans le but de trouver un abri à AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique) et d'échanger la sécurité de l'Algérie contre celle du peuple de l'Azawad en particulier et celle du Mali en général, est-ce l'objectif ? Peu ou plus d'espoir d'éviter le basculement vers la radicalisation, voire l'extrémisme...seuls les intérêts de l'Algérie et du Mali sont préservés dans l'accord qu'il convient d'appeler accord de développement et non accord politique; une solution partiale.

Les questions que l'on est en droit de se poser est de savoir pour quelle paix et pour quel objectif la communauté internationale s'est impliquée dans le dossier Azawad/Mali en investissant des sommes faramineuses et en perdant tous les jours des hommes sur le terrain du fait de la crise, juste pour une solution qui est déjà là depuis le Pacte National de 1992?

Le peuple de l'Azawad qui a placé toutes ses attentes dans une parfaite compréhension du problème politique qui oppose l'Azawad à l'Etat central du Mali depuis le départ des colons blancs, puis dans un règlement politique, pacifique et juste du différend sous l'égide et la garantie de la communauté internationale, a vu son espoir se volatilisé en un laps de temps. Face aux menaces d'un terrorisme mondial rampant, avec des projets de connexions entre Daech (Etat Islamique en Iraq et au Levant), AQMI, MUJAO (Mouvement pour l'Unicité du Jihad en Afrique de l'Ouest) et BOKO HARAM... La communauté internationale doit jouer pleinement, mais honnêtement son rôle, sans l'influence d'acteurs aux agendas cachés et c'est à ce titre qu'elle pourra garder les gouvernails et éviter l'embrasement du Sahel. Les solutions "Made in Algeria" ont été testées depuis 1963 et sont toujours d'actualité, sans engranger des résultats qui puissent atténuer les souffrances du peuple, pourquoi alors ne pas changer d'approches et de médiateur? Comme par le passé, l'Algérie, multiplie pressions, chantages, pièges, et perfidies pour remettre sur la sellette un Mali déjà vomi et oublié par le peuple, on attend de voir par quel miracle on nous fera gober des assassins de nos vielles mamans ? Si la communauté internationale veut apporter la paix, elle doit s'investir honnêtement et pleinement pour éviter la récupération politique du conflit par des terroristes qui sont au guet-apens et qu'elle dit vouloir combattre. Ceci passe par des solutions non taillées sur mesures, qui creusent l'abcès et qui reconnaissent à César ce qui appartient à César.

La lecture de la proposition de l'accord dès le premier titre permet de lire clairement l'esprit partisan qui a caractérisé la position de la médiation, et le comble du ridicule c'est que cette fois ci l'Algérie a bénéficié du soutien de la communauté internationale, en tête de laquelle la France des "droits de l'Homme", qui somme la CMA (Coordination des Mouvements de l'Azawad) de signer, "sans délai" un accord qui lui est totalement défavorable et qui n'a aucune chance d'enterrer la hache de guerre. Quel est le mobile de la France en donnant de telles directives? Se déployer sur d'autres foyers de tensions, ou le déni de reconnaitre ses erreurs du passé vis-à-vis des Touareg? Quoiqu'il en soit, il ya anguille sous roche et la voie menant à la paix n'est pas encore balisée; une solution complaisante.

L'Algérie nous revient en poche avec une décentralisation qu'elle impose manu militari, en lieu et place de l'indépendance réclamée à corps et à cri par le peuple, cela ressemble plus à une comédie qu'à un accord de paix qui se scelle quand toutes les parties y trouvent leur compte. Dès au départ, ils sont nombreux les azawadiens opposés et pessimistes quand à l'issue sérieuse d'une négociation impliquant l'Azawad et dirigée par Alger et l'histoire semble leur donner raison encore une fois; une solution comique.

Le monde est donc injuste et incohérent, pourquoi, tant d'acharnements, tant de complots, tant de mépris à l'endroit d'un peuple qui n'aspire qu'à vivre dignement sur ses terres, conformément au droit et aux textes internationaux?
Pourquoi la communauté internationale ferme les yeux sur les violations des droits les plus fondamentaux de l'individu en Azawad ?
Pense-t-elle instaurer une paix au sahel sans la coopération du peuple de l'Azawad?

Pourquoi la France refuse de dire la vérité historique à propos de l'appartenance de l'Azawad, des résistants qu'elle y a trouvés et des défaites qu'elle y a subies? Autant des questions qui méritent des réflexions et des réponses adaptées.

Le peuple de l'Azawad ne demande pas une dérogation, encore moins une faveur, il demande juste l'application des instruments sous régionaux et internationaux au bénéfice de la paix et d'accès à la dignité, notamment :

• le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, reconnu et ratifié par l'ONU, à moins qu'il ne soit applicable pour l'Azawad ;
• le droit des peuples autochtones ;
• le droit des minorités ;
• le droit des couches vulnérables (femmes et enfants)...
• Le Mali ne doit pas se fier, ni se réjouir des solutions hâtives, superficielles et tendancieuses, qui sont loin d'apporter la paix et le vivre ensemble, il doit aller au-delà du déjà vu et du désire apporté par des solutions importées.

 

Contribution soumise par Sidi Ag Baye,
Juriste et Spécialiste en Gestion des Projets.