Aéroport Modibo Keïta de Bamako: le Mali honore l’architecte des pires exactions dans l’Azawad

 aeroport bamako senou

Au cours d’une cérémonie ce 1er Janvier 2016, le Mali a renommé son principal aéroport qui devient l’Aéroport International Modibo Keïta de Bamako. Cet évènement a couronné les célébrations maliennes du centenaire du premier président malien qui a conduit le pays à son indépendance en 1960. Et le président malien Ibrahim Boubacar Keïta de déclarer : « c’est une reconnaissance de la nation à l’homme» et à ses œuvres.

Si pour le commun des maliens Modibo Keïta restera à tout jamais un héros national, pour les azawadiens c’est toute une autre histoire. Accompagné de sbires et d’une certaine bénédiction française, Keïta s’attelle d’abord à combattre les demandes des chefs coutumiers azawadien de 1957 et 1958 d’une séparation entre l’Azawad et le Soudan Français à travers les pétitions faites aux Général Charles De Gaulle. Après avoir réussi son dessein d’annexer l’Azawad à la nouvelle entité malienne, Keïta se rends vite compte que ce mariage forcé aura du mal à marcher.

Lorsque les populations azawadiennes refusèrent au lendemain de l’indépendance du Mali d’observer les règles socialistes du nouvel envahisseur, Keïta envoya dans l’Azawad son armée pour imposer sa vision de gestion de l’état. Suivirent alors, meurtres, menaces et atteintes aux chefs communautaires qui ont refusés d’obéir aux maliens.

Lorsqu’un jour de Juin 1963, des représentants maliens débordent l’un des nombreux vases, Alladi Ag Alla les désarme et prends leurs fusils d’assaut et lança de même le gong de la première révolution azawadienne contre les nouveaux occupants maliens. Très rapidement il est rejoint dans les montagnes par des centaines d’azawadiens et des chefs communautaires dont Zeïd Ag Attaher qui venait de laisser récemment son siège de chef de la communauté Ifoghas à son petit-frere Intallah Ag Attaher.

Alerté dans sa tournée pour l’éducation des jeunes azawadiens, Mohamed Ali Ag Attaher, ancien Chef de la communauté Kal Ansar, assurera en partie l’aile politique de la révolution. Alors qu’à l’origine, ils n’avaient que deux fusils pris aux autorités maliennes, les combattants azawadiens débordent très rapidement les soldats maliens qui pourtant bénéficiaient de l’armement franco-russe dont des chars de combats blindées qui souvent étaient déjà abandonnés sur le champ des combats dans les replis tactiques.

Pour mettre fin à la révolution azawadienne, Modibo Keïta et son gouvernement mettent en place le plan d’extermination azawadien et d’acculturation des survivants. Pour exécuter ce plan, les autorités maliennes envoient dans l’Azawad le sanguinaire Diby Sillas Diarra, vétéran de la terrible guerre française d’Indochine.

Outre les innombrables massacres commis avec les méthodes les plus inhumaines, les animaux, sources de subsistances, tuées, les nombreux puits empoisonnés pour déplacer à tout jamais des azawadiens de leurs terres, les survivants sont acculturés. Les enfants devaient chanter obligatoirement en langue Bambara la mort de leurs parents et proches et les femmes étaient mariées de force aux soldats maliens comme des trophées de guerre.

En contrepartie de sa médiation dans les tensions entre l’Algérie et le Maroc, Modibo Keïta obtient l’aide de ces deux pays pour l’emprisonnement de tous les leaders de la révolution azawadienne.

Pour Modibo Keïta, Diby Sillas Diarra et autres, s’il était impossible de vivre avec les azawadiens, alors, il faut créer des azawadiens à leur image. D’où l’initiation des nombreuses vagues de migrations vers l’Afrique du nord, la création d’espaces inhabitables dans le désert et l’acculturation des femmes et des enfants ainsi que l’érection de la région de Kidal entre autres en zone militaire fermée.

Si la révolution de 1990, menée par les orphelins de 1963 et 1964 mettra fin aux zones militaires dans l’Azawad, le Mali lui n’a jamais renié les méthodes macabres de ces pères fondateurs. A chaque révolution dans l’Azawad, les militaires maliens s’adonnent exactement aux mêmes pratiques de Diby Sillas Diarra lorsqu’ils en ont l’opportunité loin des yeux de la communauté internationale. Les nombreux rapports des organisations de droits de l’Homme de ces dernières années en sont la preuve.

Ajoutant l’insulte à l’injure, l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré, au cours d’une célébration de l’indépendance du Mali à Kidal à la fin des années 1990, présentait Diby Sillas Diarra comme un patriote et héros de l’unité nationale malienne sans aucun regard aux dizaines de milliers de victimes qu’il a faites.

Les hommages constants du Mali aux auteurs de ces terribles évènements dans l’Azawad sans aucune pensées à leurs victimes est à l’image de l'hypothétique vérité et de la réconciliation que cherche dorénavant le Mali sous les pressions de la communauté internationale: une mise en scène assez loin de la réalité.

 

Par Acherif Ag Intakwa