Kidal: Les affrontements de la honte font des dizaines de victimes Touareg

Kidal 550

La tension était vive depuis plusieurs semaines dans la ville de Kidal. La cohabitation entre le GATIA (Groupe Armé Touareg Imghad et Alliés) d’un côté et le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) et le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) de l’autre est devenue problématique. Les anciennes tensions tribales notamment entre Imghad (majoritairement du GATIA) et Ifoghas (majoritairement du HCUA) combinées à la future mise en place des autorités intérimaires font que les bonnes intentions nées de l’entente d’Anefif ont laissées place à la méfiance et à la défiance.

Voulant s’accorder une position de force afin de dicter ses choix lors de la mise en place des autorités intérimaires, le leadership du GATIA a renforcé ses positions militaires dans la ville et ensuite érigé deux points de contrôles aux entrées nord et sud de la ville. Cette décision unilatérale fut rapidement perçue comme une action belliqueuse de la part du MNLA et du HCUA regroupés au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et qui contrôlent la ville depuis de la défaite des organisations terroristes en Janvier 2013.

Après des négociations notamment dans la capitale nigérienne sous le parrainage du gouvernement de ce pays voisin, la Plateforme (menée par le GATIA) et la CMA signent le 17 Juillet 2016 la Déclaration de Niamey où ils s’entendent sur des mesures devant faire baisser la tension dans la ville de Kidal et promettent que dorénavant, la gestion de la ville se fera de manière "collégiale".

Malheureusement, ces déclarations n’ont que peu d’impacts sur le terrain. Le mal ayant déjà été fait depuis plusieurs semaines, quelques signatures ne pouvaient la donne. Deux jours seulement après la Déclaration de Niamey, une unité mobile mixte de la CMA parcours la ville pour y maintenir l’ordre comme en temps de paix. Le Lieutenant de Gendarmerie Cheick Ag Azby du MNLA en compagnie de son collègue Assadek Ag Mossa du HCUA s’arrête devant une enseigne commerciale pour un échange avec la population civile. Peu de temps après, un véhicule du GATIA s’approche du véhicule de la CMA.

En temps normal, cette scène serait assez banale. Seulement, la tension dans la ville fait que rien n’est plus comme à l’accoutumé. Après un échange verbal houleux, les gendarmes de la CMA décident de descendre de leur véhicule pour mieux s’expliquer. Selon plusieurs témoins qui ont requis l’anonymat, c’est à cet instant que les membres du GATIA ont ouvert le feu sur les membres de la CMA. Après plusieurs minutes d’échanges de feux, Assadeck Ag Mossa est tué sur place tout comme un autre combattant du GATIA qui n’a pu être identifié. Cheick Ag Azby et plusieurs combattants du GATIA sont également blessés.

Les nombreuses interventions font taire les armes et tout le monde commence à s’attendre au pire. Cependant, quelques habitants de la ville espéraient que la raison allait prendre le dessus que des règlements de comptes ne s’en suivront pas étant donné que le défunt du HCUA est un membre de la communauté Imghad et surtout un proche parent des combattants du GATIA qui ont entrainés sa mort. Si ce fait représentait de l’espoir pour certains, il représente surtout une honte pour l’ensemble de la communauté Touareg. Des proches parents, pratiquement de la même famille, s’entretuent pour des raisons que seuls leurs leaders connaissent.

Les tractations qui s’ensuivirent n’ont pas portés fruit et hier, Jeudi 21 Juillet, plusieurs renforts du GATIA sont arrivés à Kidal vers 9:00. Les forces de la CMA ont sommés à ceux-ci d’attendre que les discussions actuellement en cours prennent fin avant de rentrer la ville. Lassés d’attendre, le renfort du GATIA a forcé son entrée dans la ville vers 16:00. Ce mouvement de troupes dans la ville a déclenché des combats pour préserver les lignes de la matinée.

Après des heures d’accalmies, ces combats se sont poursuivis tôt ce matin jusqu’à 9:00 lorsque l’ensemble des combattants du GATIA ont quittés la ville de Kidal. Derrière eux, au moins une dizaine de victimes de chaque côté et un deuil partagé par encore plus de familles.

La confusion était telle qu’un combattant de la CMA expliquait qu’ils avaient souvent du mal à identifier "l’ennemi" à attaquer. Dans ces affrontements de la honte, l’ennemi n’existe pas. Ces deux camps s’affrontent parce que leurs leaders respectifs espèrent avoir la part du lion dans le gâteau dit des autorités intérimaires et des autres retombées financières et matérielles des accords signés pour enterrer l’Azawad.

Aujourd’hui, alors que les dirigeants politico-militaire ont pratiquement sonnés le glas de la marche actuelle pour l’indépendance de l’Azawad, rien ne s’aurait être une source discorde allant jusqu’à entrainer la mort de dizaines de personnes d’une même communauté. La course à l’enrichissement illicite ne doit concerner que les leaders politico-militaires qui s’y adonnent. Le temps à prouver que la discorde tribale, notamment entre Ifoghas et Imghad, n’est qu’un fonds de commerce entre des leaders politico-militaires qui voudraient assoir leur pouvoir et leur capacité à générer espèces sonnantes et trébuchantes.

 

Par Acherif Ag Intakwa