Que valent les propos de Bilal Ag Acherif sur une république islamique de l'Azawad? Rien.

Bilal-Ag-Acherif

Il y a quelques semaines, Bilal Ag Acherif fraichement nommé Président du Conseil Transitoire de l'Etat de l'Azawad (CTEA) faisait sa première sortie médiatique à travers une interview accordée à Jeune Afrique dans laquelle il ramait à contrecourant en défendant une république islamique grâce à un révisionnisme et une légèreté d'analyse insoutenable. Malheureusement, ses propos ne reposent sur aucune base solide.

S'il y a un constat dommage concernant le MNLA, c'est son amateurisme dans la communication. Certes, Mossa Ag Attaher, Chargé de Communication de l'organisation faisait avec merveilles son devoir, mais comme nous l'avons déjà soulignée

il "ne saurait-être l'arbre qui cache la forêt.

"Cette forêt est une forêt d'amateurisme et de non maitrise de la diplomatie et de la communication internationale par d'autres porte-paroles du mouvement. Grande est notre frustration lorsque nous voyons des opportunités gâchées par des porte-paroles qui s'emblent ne point porter la voix des milliers d'Azawadiens, encore moins celle de leur mouvement, un mouvement qui réclame pourtant une indépendance si noble."

Quatre mois plus tard, cette forêt d'amateurisme et d'incompétence est encore plus grande. Quatre mois plus tard, le chef de file du mouvement indépendantiste prend absolument tout le monde à contrepied en affirmant le contraire de tout ce qui a été dit depuis le 17 Janvier 2012. Innombrable sont les représentants du MNLA qui ont toujours clamé haut et fort que l'Azawad sera une république laïc et démocratique. De l'autre côté, aucun membre du MNLA n'a contredit ces propos ou tout simplement parlé de république islamique.

C'est uniquement avec le protocole d'accord signé puis rejeté entre le MNLA et Ansar Adine que nous avons vu deux représentants du MNLA retourné leur veste pour subitement parlé de république islamique. De toute évidence, ce vrai-faux accord entre le MNLA et Ansar Adine a permis à beaucoup d'ôter leur masque. C'est ainsi que Bilal Ag Acherif, Secrétaire General du MNLA, et Président du CTEA à travers une interview surréaliste à Jeune Afrique en date du 13 Juin 2012 contribuait à donner une image non sérieuse au MNLA.

Outre le fait très dommageable que le leader d'une organisation contredise tous ses porte-paroles, Bilal Ag Acherif met en exergue toute sa méconnaissance de l'Azawad et des sociétés qui le compose. Il affirme d'abord à tort que 100% des Azawadiens sont musulmans. Ceci n'est pas le cas. Une minorité, aussi petite soit-elle, n'est pas musulmane. Elle est chrétienne, animiste, ou tout simplement athée. Vouloir ignorer ces populations et leur spécificité ne différenciera nullement le MNLA de la colonisation Malienne.

Le président du CTEA s'adonne clairement à du révisionnisme en affirmant que "les gens ont toujours réglé leurs problèmes chez les imams et les cadis de la ville avant d'aller à la police ou devant la justice du Mali. Nous avons juste officialisé sur le papier la réalité des Azawadiens." Une fois encore, M. Ag Acherif use d'une interprétation légère pour supporter l'insupportable. Les populations Azawadiennes dans leur majorité ne se sont presque jamais rendues chez l'administration Malienne pour arbitrer leur conflit. Elles se sont toujours rendues chez une personnalité Azawadienne respectée des deux parties pour intermédier. Dans la société Touareg d'avant la colonisation Française, les personnalités les plus respectueuses de tous sont les hommes de sciences. Ceux-ci étaient généralement des marabouts.

Mais la compétence des marabouts s'arrêtaient uniquement aux affaires religieuses et à l'intermédiation des conflits. En effet, leur respect de tous venait exactement du fait que leur domaine d'action se limitait uniquement à la religion. En aucun cas, des marabouts n'avaient en charge les pouvoir exécutif et législatif. Ces pouvoirs étaient détenus par les tribus guerrières qui ont toujours mis en place un système laïc et démocratique sans aucune influence des religieux sur la gestion des affaires. Prétendre alors que le MNLA a officialisé sur le papier la réalité des Azawadiens est ce qu'il y a plus de fallacieux.

Le Président du CTEA s'approche carrément du faux lorsqu'il affirme "le mot « laïque » n'a jamais été écrit dans aucun document officiel du MNLA." Si le mot laïque n'a jamais été écrit dans un document officiel du MNLA, le mot islamique lui n'a jamais traversé l'esprit de la quasi-totalité des membres du MNLA qui ont signé des documents afin d'adhérer officiellement au MNLA. Il a toujours été dit que l'Azawad sera une république démocratique, et jamais une république islamique. Et la république démocratique comme son nom l'indique a pour unique décideur le peuple. Et ce peuple n'a jamais demandé une quelconque république islamique pour remplacer la colonisation Malienne.

M. Ag Acherif frise carrément le ridicule lorsqu'il affirme "ceux qui disent que l'Azawad est laïque ne connaissent pas la réalité du terrain." En vérité, la totalité des porte-paroles du MNLA connaissent la réalité Azawadienne plus que M. Ag Acherif. Après enquête, il est ressorti que le président du CTEA est presqu'un inconnu dans l'Azawad et que c'est récemment, après la création du MNA en Novembre 2010, que quelques rares observateurs ont commencés à le découvrir dans les rangs de la jeunesse Azawadienne.

Pour information, l'homme à fait tout son cursus académique en Libye sous le régime dictatorial du Colonel Kadhafi avec tout ce que cela implique concernant la limitation de la vision. Arrivée dans l'Azawad, il fut plongé dans la réalité de sa tribu qui est une tribu maraboutique. L'homme a surement cru que la réalité de sa tribu est semblable à celles de l'ensemble des sociétés Azawadienne. Mais non. Il y a au plus cinq tribus maraboutiques parmi plus d'une cinquantaine de tribu Touareg. Aussi, les Touareg ne sont que l'une des 4 ethnies composant l'Azawad. En conclusion, Bilal Ag Acherif ignore complètement les réalités Azawadiennes, ce qui en soit est très dangereux pour cette jeune république en quête de reconnaissance internationale.

En espérant que Son Excellence Hama Ag Mahmoud, récemment nommé Chargé des Affaires Extérieures, puisse prodiguer au Président du CTEA certaines réalités Azawadiennes et internationales, nous ne pouvons que constater que le MNLA doit véritablement changer de fusils d'épaule si son objectif est véritablement une indépendance de l'Azawad reconnu par la communauté internationale.


Par Acherif Ag Intakwa