L'ONU dénonce les massacres au Mali, le Président Traoré continue de rejeter les preuves

ONU-Haut-Conseil-Droits-HommeAprès les média et les organisations de défenses de droits de l'Homme, c'est au tour de la communauté internationale de condamner vigoureusement les massacres commis par le Mali contre les populations civiles de l'Azawad. Désormais, ce sont les instances onusiennes qui tirent la sonnette d'alarme face aux exactions de plus en plus croissantes du Mali et de son armée.

 

 

Il y a quelques semaines, l'Association des Réfugiés et Victimes des Répressions de l'Azawad (ARVRA) annonçait que durant les 35 jours qui ont suivi le début de l'intervention française (11 Janvier 2012) au moins 200 civils Touareg, Arabes et Peulhs ont été victimes des exactions de l'armée malienne, soit un nombre au moins 15 fois à celui de la guerre entre les forces du MNLA et l'armée malienne en 2012.
Ce décompte déjà effroyable n'est qu'en fait la face visible de l'iceberg car l'ARVRA ne reporte que les exactions qu'elle a pu minutieusement documentées. La grande superficie du territoire azawadien, l'éloignement des campements nomades et le manque de communication font que de nombreuses exactions sont tues faute de preuves solides.
C'est face à ce constat terrible que les organisations humanitaires comme Human Rights Watch ont demandés aux autorités maliennes de faire la lumière sur les massacres déjà documentés et de prendre toutes les dispositions nécessaires pour juger les criminels de l'armée malienne. Outre cette demande de justice, les organisations de défenses des droits de l'Homme ont exigés des autorités maliennes qu'elles leur donnent un libre accès à l'ensemble du territoire pour enquêter librement sur les exactions commises par tous les belligérants.
Non seulement le Mali, par la voix de Dioncounda Traoré, a complètement démenti le 18 Février dernier ces massacres, mais en plus, toutes ces organisations furent accusés d'être des "mauvaises langues" qui, selon son entendement, sont jaloux d'un Mali déjà en ruine auquel ils veulent porter malheur. Comme pour illustrer le si profond ridicule des autorités de ce pays, le président malien a continué en soutenant que si jamais il y avait un problème, c'était à cause des populations civiles de l'Azawad comme si leur malheur s'expliquait par leurs origines et leur lieu de résidence.



Près de 3 semaines après cette sortie machiavélique du président malien, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme a rendu son rapport consécutif à une enquête qui avait commencé le 18 Février dernier, le jour même où le président malien rejetait les accusions d'exactions de son armée.
Dans ce rapport remis au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève en Suisse, Kang Kyung-wha, la haute commissaire adjointe de l'ONU aux droits de l'Homme a noté que "la récente intervention dans le nord du Mali a été suivie par une grave escalade des violences" et par des "représailles" menées par des membres de "l'armée" qui ont "viser les Peuls, les Touareg et des groupes ethniques arabes perçus comme soutenant les groupes armés".
La haute commissaire adjointe de l'ONU aux droits de l'Homme a continué en soulignant que "la situation a été exacerbée par la propagation de messages incendiaires, y compris à travers les médias, stigmatisant les membres de ces communautés, dont des milliers ont fui par peur de représailles de la part de l'armée malienne". Pour illustrer l'état d'impunité totale et le risque qui pèse sur toutes les populations vivant dans les zones sous contrôle de l'armée malienne, Kang Kyung-wha rappelle que "Ceux qui restent dans le pays ont peur d'être des cibles non pas pour ce qu'ils ont fait mais pour ce qu'ils sont".
Face à ce rapport détaillé et précis de l'institution onusienne, les autorités maliennes adoptent la même stratégie c'est-à-dire le rejet total des preuves peu importe la très haute crédibilité des parties qui les apportent.
Participant à une rencontre hier au Sénégal, Dioncounda Traoré le Président malien refait le même discours en affirmant qu'aucune exaction n'a été commise ni par l'armée malienne ni par les populations maliennes. Il continue en affirmant encore une fois que les medias (et les organisations gouvernementales et non gouvernementales internationales) feraient de bien faire attention aux accusations qu'elles portent contre le Mali.

 


Ce énième rejet par le Mali de solides preuves d'illustres organisations comme l'ONU, Amnesty International et Human Rights Watch montre à la communauté internationale le calvaire qu'ont silencieusement vécu les populations Touareg et ce depuis la création de toutes pièces du Mali le 22 Septembre 1960. C'est en partie ce rejet continu, catégorique et total de la vérité par les autorités maliennes qui amène aujourd'hui les populations de l'Azawad à demander en grandes majorités leurs accessions à l'Independence pour vivre dignement sur leurs terres.


Par Acherif Ag Intakwa