L’Azawad, la Libye et la responsabilité de protéger (R2P)

r2pLa guerre en Libye aura changé à tout jamais le monde. Sur tous les plans cette guerre a laissé des conséquences qui impacterons non seulement l'Azawad mais le monde entier. Dans nos publications précédentes nous parlions des situations sécuritaire et humanitaire dans l'Azawad et dans la sous-région Sahelo-Sahelienne. Outre l'implantation future du commandement militaire Américain en Afrique sur le continent et le début de sa recolonisation, au niveau mondial, la guerre en Libye a lancé à tout jamais la nouvelle doctrine de la Responsabilité de Protéger (R2P) selon laquelle la souveraineté d'un pays n'est plus un privilège mais plutôt une responsabilité envers ses populations.

 

Après le génocide Rwandais dans lequel plus de 800.000 Tutsis et Hutus modérés furent tués, près de 20% de la population total, Koffi Annan, alors Secrétaire General de l'Organisation des Nations Unies demandait dans un discours mémorable quand es ce que la communauté internationale se devait d'intervenir dans un conflit pour protéger des civils non belligérants.

 

Quelques années plus tard, le Canada mettait en place la Commission Internationale sur les Interventions et la Souverainetés des Etats (ICISS) [1]. C'est ainsi qu'en Décembre 2001, quelques mois après l'inévitable 11 Septembre, cette commission publiait son premier rapport nommé La Responsabilité de Protéger ('The Responsibility to Protect') [2]. Ce rapport définissait la souveraineté étatique comme n'étant plus un privilège, un pouvoir, une autorité, mais une responsabilité de protéger les populations civiles. Dans le cas où l'état en question ne protégeait pas ses populations civiles durant des crises, la communauté internationale avait le droit d'utiliser la diplomatie, des sanctions économiques contraignantes, et des interventions militaires en dernier ressort pour faire face à la défaillance de l'état concerné. Ce rapport appel également la communauté internationale a continué son effort en reconstruisant le pays en guerre, à donner justice au aux victimes civiles, et enfin à s'attaquer aux origines du conflit.

 

Cette doctrine est louable lorsqu'elle est écrite noir sur blanc dans ce rapport que nous sommes procurés. Mais une fois transposer à la géopolitique internationale sa dangerosité est grand. Au moment où les crises financières et économiques frappent le monde, et que les ressources naturelles se font de plus en plus rare, quelle garantie avons que les grandes puissances mondiales n'utiliseront pas cette doctrine pour s'accaparer des ressources et des richesses d'un état? Après tout, les états n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts [3]. Ceci fut malheureusement le cas encore, cette fois ci en Libye.

 

Le 28 Mars 2011, Barack Obama expliquait pourquoi les Etats Unis participaient au conflit Libyen. Selon lui, il fallait intervenir rapidement en Libye afin d'empêcher un bain de sang à Benghazi par le régime Kadhafi. Hors les révélations qui ont suivi notamment dans des medias indépendant nous ont fait comprendre qu'il n'en était rien, et que le régime Kadhafi ne saurait nullement attaquer à la population civile à Benghazzi étant donné que les civils des villes du centre et de l'Est qui ont été libérés quelques jours plutôt par l'armée n'avaient pas fait l'objet d'exactions. La Conférence Tamasheq pour l'Unité, dans un article publié en Juin appelant à la neutralité Tamasheq dans le conflit Libyen et mettait en doute les raisons qui ont conduit à cette guerre, et ce, en se basant sur le rapport indépendant du Centre International de Recherche et d'Etudes sur les Terrorisme et d'Aide aux Victimes du Terrorisme (CIRET-AVT) et le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

 

Aussi, The Heritage Foundation, l'un des plus important centre de recherches aux Etats Unis expliquait dans un de ses articles que Barack Obama a fait une grave erreur en participant à ce conflit et surtout en affirmant dans son discours que 'les Etats Unis ont la responsabilité d'intervenir dans un conflit lorsque ses intérêts et ses valeurs sont menacés' [5]. The Heritage continue en affirmant que «adopter une doctrine qui oblige les Etats-Unis à répondre à une liste de contrôle avant la prévention des atrocités qui se produisent dans d'autres pays est imprudent. La liberté d'action des Etats-Unis serait compromise si les Etats-Unis a accepté d'être légalement ou moralement liée par la doctrine R2P.» En somme, l'adoption de cette doctrine est non seulement mauvaise pour les Etats Unis, mais aussi pour le monde dans son ensemble.

 

Au début du conflit, Adam Ba-Konaré, ancienne première dame du Mali, déclarait sur RFI au début de l'intervention occidentale en Libye que la recolonisation de l'Afrique était en marche. Plutôt, Jean Paul Pougoula expliquait les vraies raisons du conflit en Libye. Allain Juppé, ministre français des Affaires étrangères déclarait il y a quelques mois que l'intervention française en Libye était un «investissement sur l'avenir», un investissement qui produira un plus grand retour sur investissement, un retour sur investissement qui se fera au dépend de la Libye et de l'Afrique [6]. Toutes ces raisons nous conduisent à dire que la responsabilité de protéger est une doctrine injuste qui conduira à termes à un plus grand chaos planétaire.

 

Au moment où le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) exige l'auto détermination des Azawadiens, et que certains indices portent à croire qu'un conflit militaire est possible, les leaders de cette organisation doive prendre en compte la nouvelle réalité annoncée par le conflit Libyen. Sous prétexte d'un désastre humanitaire, d'un déplacement de civils refugiés dans des pays voisins, et surtout d'une probable déstabilisation de la sous-région, certaines puissantes occidentales peuvent intervenir dans l'Azawad en soutien au Mali qui satisfait pleinement leurs intérêts. Ces puissances occidentales auront encore plus de raisons d'intervenir lorsque nous savons que ces puissances ont en la présence d'Al Qaeda au Maghreb Islamique un argument de taille.

 

Tout ceci doit motiver encore plus les Azawadiens à suivre l'exemple de la Conférence Tamasheq pour l'Unité et bien d'autres qui prouvent que les liaisons entre les Tamasheq et AQMI sont erronés et dénudés de tout sens. Les Tamasheq doivent démentir toutes les campagnes médiatiques mensongères contre les Tamasheq car elles sont des bombes à retardement.

 

Par Acherif Ag Intakwa