Comme enfermé dans une bulle, le MNLA défend des revendications qu'il n'aura jamais

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Ecœuré, je l'ai été récemment en suivant la rencontre des représentants de Bilal Ag Acherif et le Président Burkinabè, médiateur de la CEDEAO. Ecœuré, je l'ai été lorsque j'ai vu ces hommes surement surpris d'être là-bas entreprendre un chemin qui ne les amènera qu'à la désolation et au regrets.

Disons le tout de suite, si l'Azawad vit aujourd'hui la désolation qui est la sienne, ce n'est pas parce que l'Azawad n'a pas des enfants capable de le gérer. Non, l'Azawad en a assez. L'Azawad regorge d'intellectuels nécessaire pour le guider de manière éclairé. L'Azawad regorge de cadres pour le construire, et de docteurs et praticiens pour le soigner. L'Azawad regorge de combattants pour le sécuriser.

Mais le drame actuel que vit l'Azawad est tout simplement dû au fait que l'ensemble du MNLA -du plus petit des combattants au chef du CTEA Bilal Ag Acherif- croit à tort être le centre du monde, le seul détenant la vérité et la lumière, la compétence de gérer seul l'Azawad qui est devenu subitement un héritage, une propriété personnel.

Le drame actuel que vit l'Azawad est dû au fait que l'ensemble de son mouvement de libération n'est pas encore suffisamment mûr pour tirer des leçons de ses échecs. Comme enfermé dans une bulle, le MNLA se met à croire à tort que ses échecs sont des réussites, et ses limites lui apparaissent comme étant des compétences.

Comme enfermé dans cette bulle, et déconnecté aussi bien de l'Azawad que du monde, le MNLA s'entête à vouloir continuer sur un chemin qui ne le mènera qu'à sa perte. Il y a une dizaine de jours, son bureau politique s'était transformé en parfait spectateur lorsque son sort se jouait à New York, dans les couloirs des Nations Unies. N'eut-été le véto Américain contre une intervention Franco-Ouest-Africaine mal ficelée, il aurait été en voie de disparition car première cible de cette intervention.

Au lieu de faire une profonde introspection et revoir les causes profondes de son échec, il continu de foncer encore plus dans son échec. Il y a quelques jours, Bilal Ag Acherif, chef du CTEA demandait à quelques membres du MNLA de présenter au Président Burkinabè les revendications du MNLA. Sur les ondes de la presse internationale, un membre de cette délégation vendait la mèche en affirmant que le MNLA, ou plutôt son MNLA, renonçait à son indépendance en contrepartie d'un fédéralisme, ou d'une autonomie, ou toute chose qu'il pourra avoir. Comme s'il était aujourd'hui complétement désespéré, tel un mendiant.

Cette démarche de mendiant est tout simplement un manque de vision criant du MNLA. Croit-il que les Maliens qui appellent de tous leurs vœux à un génocide contre les Touareg donneront quoi que ce soit au MNLA ou à l'Azawad comme par miracle? Croit-il que le Mali qui a tout fait pour faire disparaitre la culture Touareg lui donnera subitement une autonomie pour s'autogérer en «bon père de famille» selon les termes d'un membre du MNLA?

Une question que je me pose est de savoir ce que peut bien chercher le MNLA en voulant coute-que-coute remettre son sort entre les mains d'un Mali aujourd'hui en ruine. Le MNLA croit-il peut être qu'il est plus en ruine que ne l'est le Mali? Ou croit-il peut-être que ce sont les soldats Maliens dont la célérité de la fuite était supérieure à celle des athlètes professionnelles qui vont l'aider à combattre le terrorisme internationale? Ou croit-il peut-être que ce sont les politiciens Maliens, aujourd'hui sous-tutelle de la CEDEAO qui élut même leur président, qui vont avoir le leadership de veiller à son avenir au sein d'une région autonome ou d'une entité fédérale que le Mali a toujours rejeté?

A mon humble avis, la réponse à toutes ces questions est tout simplement non.

A mon humble avis, la triste vérité est que le MNLA est complètement déconnecté de la réalité aussi bien Azawadienne qu'internationale. Si le MNLA veut subsister, et réussir la noble tâche qui lui fut confiée par les peuples de l'Azawad, il se doit de revenir immédiatement vers cette réalité.

Cette réalité est celle selon laquelle on ne peut pas mener un état vers son indépendance lorsque soi-même nous sommes enfermés dans une bulle déconnecté de tout. Cette réalité est celle selon laquelle on ne peut pas mener un état vers son indépendance lorsqu'on se met à prendre des décisions archaïques sans aucune consultation. Cette réalité est celle selon laquelle, le MNLA dispose de très peu de leaders, et aucun visionnaire.

Vivement un MNLA nouveau qui emprunte un sentier éclairé.


Par Acherif Ag Intakwa