Devoir de Mémoire: Pillage des maisons Tamasheq et Arabes en 1991 à Gao

gao-routeDans un précédant article nous signalions la renaissance de la milice Gandakoy, orchestré par le Mali afin de transposer la prochaine rébellion du terrain de la révolution à celui de la guerre civile. Il y a 20 ans, le Mali utilisait le même procédé. Pour marquer les familles Tamasheq (et Arabes) de Gao, il avait fait saccagé leur maisons le 27 Avril 1991. Nous mettons en ligne une pétition/circulaire qui avait été écrite par des victimes de l'époque.

 

La vérité est que la tragédie de Gao a été soigneusement conçue et exécutée par certains cadres sédentaires, un groupe d'hommes d'affaire de la cité avec la complicité active de certaines autorités civiles et militaires. En effet, déjà à la conférence des cadres co-présidées le 25-04-91 par le ministre de l'administration territoriale et son collègue chargé du tourisme et de l'artisanat, deux cadres ont déclaré sans embage :

- «...il y a aujourd'hui imminence d'une guerre civile dans la ville de Gao».

- «Nous allons brûler les touaregs».

Ces affirmations ayant valeur de véritables déclarations de guerre, constituaient un avertissement suffisant pour que les autorités prennent les dispositions qui s'imposent.

Le 26 Avril 91, sentant venir la tempête, des cadres et notables touareg et arabes se sont rendus chez le gouverneur et le commandant de la gendarmerie pour leur faire part du danger qui les menaçait.

Plein d'assurance, le gouverneur leur a donné des apaisements en disant ceci : «je connais bien les gens de Gao, ils parlent beaucoup, mais ils n'oseront pas agir». Ils lui ont répondu : «nous les connaissons aussi, mais les rumeurs qui circulent nous inquiètent». Il reprit : «Tranquillisez-vous, il n'y aura rien, toutes les dispositions utiles seront prises».

Le commandant de gendarmerie donna les mêmes assurances.

Le Vendredi 26 et Samedi 27 Avril, le gouverneur a tenu des réunions avec certains membres de la coordination des associations démocratiques, des notables de la ville et des éléments de service de sécurité. Il y aurait déclaré : «Faisons comme en Indochine, les enfants passent les premiers, les agents de l'ordre suivent pour perquisitionner».

LE DEROULEMENT DES EVENEMENTS

En dépit des assurances données le 26 au soir la tragédie éclate le 27 Avril 1991. Avec précision, sans le moindre tâtonnement, les maisons des touaregs et des arabes ont été systématiquement ciblées et sauvagement saccagées selon le plan suivant :

- Perquisition par les éléments de la sécurité sous prétexte qu'elles contiendraient des armes et des rebelles et puis expulsion des habitants sous prétexte de les mettre en sécurité.

- Invasion et pillage radical des habitations ainsi évacuées par la herde des vandales sous les yeux des agents de l'ordre.

Si comme l'a dit le gouverneur, des dispositions ont été prises pour éviter la tragédie, il est remarquable de constater que les services de l'ordre n'ont fait usage ni de gaz lacrymogène, ni de matraques, ni de cartouches à blanc, toute pratique habituelle en pareille circonstance. Au contraire, les armes étaient bel et bien chargées et des rafales de balles réelles ont été tirées sur la maison de Mme Agdaina [Walet Al-Mostapha, NDLR] et celle de Mohamed Ag Fattori.

Par ailleurs, pendant les perquisitions les bandes de vandales étaient contenues hors des habitations par de simples injonctions auxquelles elles obéissaient parce qu'apparemment c'était convenu.

Le complot a donc abouti à un résultat dramatique :

- Deux morts

- Deux blessés graves

- Plusieurs blessés légers

- Plus de 50 maisons littéralement saccagées avec un déchainement de haine que Gao n'a jamais connu : portes, fenêtres, vêtements, ustensiles, voitures, installations électriques, robinets, meubles, bijoux, arbres, argent espèce, rien n'a été épargné.

Après ce monstrueux saccage :

- 305 personnes ont été regroupées dans la cour de la gendarmerie pour être transférées plus tard à Intahakha à 45 km, 700 personnes se sont réfugiées dans un campement de marabouts Kel Essouk à 5 km de la ville

- 350 autres personnes se sont retrouvées à Almoustarat à 140 km.

Le déplacement de ces populations notamment celles transférées à Intahakha se justifie par l'incapacité de la gendarmerie à assurer leur sécurité à Gao. Il apparaît donc très clair que les assurances données par le gouverneur n'avaient aucun fondement.

- Autres conséquences : Elles sont nombreuses et toutes aussi graves les unes que les autres : familles sans abri, dénuement matériel total, fuite en désarroi, chocs psychologiques, immobilisme et blocage, exode, déséquilibre social, manque de confiance réciproque, aggravation de l'insécurité, désespoir, sentiment de rejet et d'exclusion etc.

CONCLUSION

Lorsque la rébellion a éclatée en Juin 1990 et a créé un climat d'insécurité dans les 6e et 7e Régions, ces sont des membres des communautés aujourd'hui agressées qui ont combattu volontairement aux côtés des forces armées quand cela est devenu nécessaire. Ils ont servi également d'intermédiaire entre les rebelles et le pouvoir central.

Comment donc comprendre qu'à Gao on ait rangé tous les touaregs et arabes dans le camp des rebelles ?

Ceux qui ont pris la lourde responsabilité de déclencher cette tragédie savent-ils que beaucoup plus que les pertes matérielles et humaines, la conséquence la plus grave est l'apparition pour la première fois dans l'histoire du Mali indépendant de la violence extériorisant le racisme ?

Savent-ils qu'après les mythes des religions, les mythes de races sont les plus dangereux à manipuler dans le monde ?

Savent-ils enfin que l'aggravation de l'insécurité ne peut jamais être un remède contre l'insécurité ?

Nous avons cependant la conviction et même les preuves que la majorité de la population sédentaire de Gao, bien qu'intoxiquée par des agitateurs virulents, désapprouve totalement ce qui s'est passé.

Nous savons également que les phénomènes de ce genre sont d'une contagion à propagation très rapide et que mal maîtrisés, ils risquent de nous entrainer dans un cycle infernal de la violence.

Aussi pour éviter cette violence dont notre pays n'a nullement besoin proposons-nous les mesures suivantes :

- Une enquête radicale et immédiate menée avec la plus grande impartialité sur les événements survenus à Gao le 27 et 28 Avril 1991.

- Des sanctions exemplaires contre les coupables et leurs complices.

- Une réparation des préjudices matériels et moraux causés aux victimes.

- Des mesures adéquates pour assurer la sécurité des gens afin qu'ils se sentent couverts par les mêmes droits que le reste de la communauté nationale.

- L'application correcte des accords de Tamanrasset par toutes les parties concernées.

 

Gao le 7 Avril 1991.

Liste des signataires :

1. Sikaye Ag Ekawel                                                       Projet FIDA Kidal

2. Iswadene Ag Sarid                                                      Projet FIDA Kidal

3. Eglèse Ag Foni                                                    Professeur Lycée Gao

4. Rousmane Ag Assilakane                                     Professeur Lycée Gao

5. Méti Ag Mohamed Rissa                                                DRACOOP Gao

6. Ahmed Mohamed Ag Guidi                                                  ACORD Gao

7. Rissa dit Maya                                                                    ACORD Gao

8. Hamadi                                                                          Enseignant Gao

9. Assarid Ag Imbarkaoune                                                           PAM Gao

10. Hat Ag Baye                                                               Enseignant Bamba

11. Agatam                                                                              CAC Bourem

12. Almoukafi                                                                          DRAFLA Gao

13. Ambeiri Ag Rissa                                                               DRAFLA Gao

14. Izga                                                                                          T.P Gao

 

Texte sorti de l'oubli par Ahmed Ag Zouemar

letouareg.over-blog.fr

Commentaires (5)
  • mohamed mahmoud tolba

    bonjour
    notre groupes de mauritanien de toute origines ns ns préparons a créer une initiative pour le soutien du peuple d azawad ..initiative mauritanienne pour le soutien du peuple d azawa cette initiative a pour bute de soutenir les refugiers sur la frontiere et faire des rencontres tv locale a faire des collectes de tout et les remettre au ong pour les camps de refuger pour plus d info contacter ns sur notre e- mail smicsarl@libero.it

  • Mossa Ag

    Aujourdhui il est temps a tout peuple opprimé de liberté et le racisme surtout de se reveillé.j ajoute ainsi qu à ces fameux evenements de 26 et 27 avril 91 y avait des fonctionnaires qui ont ete eloignés de leurs emploi par des stupides promesses de repostiluation apres les negociations ce qui les a poussés volontairement de partir a la retraite au debut avec des motivations qui sont nul en avenir dont MR Mohamed Ag Fattori a l epoque technicien de l agriculture et du genie rural à l OCLALAV est victime.a céla aussi s ajoute des personnes qui ont ete massacré par les millices kandakoy en les jettans vivants dans des sacs fermes sur le fleuve,pourquoi tout ceci? dans quel loi ni administration l armée la securité vont se completé avec une partie des civils pour perpetuer une autre,en outre l etat malien a memoriser des souvenirs amers aux memoirs des Azawadiens et cela n a pas des frontieres.donc vive Azawad libre independant et prospere car celà est le remede de ces populations marginalisé depuis pres de 51ans.

  • IBRAHIM THIAM

    des années de massacres et de marginalisation pour les peuples de l'azawad par les sanguinaires de Bamako se sont passées et voilà le don de dieu à ses fils du nord mali(liberté)le réveil du peuple de l'azawad se comprend aisément aujourd’hui par tous les peuples épris de justice,de paix.la haine du mali pour l'azawad est plus que flagrante de nos jours.l'exemple typique aujourd’hui est que tous les azawadiens en direction du mali sont descendus et décapités comme de vulgaires cabris par les militaires qui ont fui et laisser leurs armement sur les lieux.

  • MAYGA

    Des innocents ne doivent jamais payer pour quelqu'un autre. Abas l'amalgame d'où qu'elle vienne. Abas la manipulation des esprits; abas la haine entre les communautés, abas la violence comme moyen d'expression; abas l'oppression comme moyen de gouvernance.

  • elhe

    Mon frere, ajoute à cela ke kelke jours apres,pres de 250 touaregs ont été massacrées dans le meme village des kel-essouk ki etait à moins de 5 kms de gao et cela sans kaucun de ces victimes ne soit armés, tout simplement parcekils sont touaregs et il ny a jamais eu d'enkete a fortiori de poursuites judiciares...

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