Devoir de Mémoire : les crimes du Mali contre des civils Tamasheq et Arabes

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Le Mali a toujours méprisé les Tamasheq et les Arabes. Nous avons beaucoup d'exemples qui le prouvent. Ces derniers doivent faire la même chose. Lorsqu'éclata la première rébellion dans l'Adagh en 1963, des témoins raconteront les massacres des civils, les rafles dans les campements et les villages, les viols, les exécutions sommaires des hommes, devant leur famille qui était priée d'applaudir. Celui qui refusa d'applaudir, lorsque son père, sa mère, sa sœur ou son frère est tué par l'armée, sera à son tour tué.

Beaucoup des personnes ont été enterrés vivantes avant même de rendre l'âme. C'est vraiment horrible et inhumain la façon dont les militaires maliens ont tué nos parents en 1963. Le groupe international Tinariwen a consacré une chanson aux massacres des civils Tamasheq en 1963. Le père d'Ibrahim Ag Alhabib dit Abraybone leader du groupe musical "Tinariwen" fut tué durant ces évènements dans l'oued de Tessalit. Beaucoup de femmes ont été obligés de se marier de force à des militaires venus du Sud du Mali, gars à celles qui refuseront. Les puits furent empoisonnés et la région située entre Kidal et la frontière algérienne décrétée zone interdite: toute personne prise dans cette zone était présumée rebelle et tirée à vue, le bétail n'échappait pas au même sort ...

Voici l'extrait de quelques témoignages recueillis en Tamasheq par Hawad en février 1995 au camp de réfugiés Tamasheq et Maures de Luta, au Burkina Faso. Les trois interlocuteurs, deux hommes et une femme, sont des Kounta originaires de l'Azawad, dont les clans étaient intégrés au pôle politique des Tamasheq de l'Ouest (Tademekat). Ils avaient émigré depuis les dernières sécheresses dans des villes du Sud, à Mopti et à Hombori, vivant de petits commerces ambulants.

Attaher Ould Atta :

"On est parti avec mon fils. Ils nous ont poussés jusqu'à arriver devant leur chef, qui était le chef de l'armée du Mali de cette région, assis dans la cabine d'une voiture où était arrimée une mitraillette. Il m'a dit : "Toi et ton fils, vite, en voiture." On est monté dans la voiture mon fils et moi, mais au même moment, mon épouse (Tamghart) leur a dit : "Qu'est-ce que c'est cette histoire, mon fils et mon mari, que vous ont-ils fait pour que vous les embarquiez ?"

Alors, ils ont déchargé leur lourde mitraillette sur ma femme devant moi, je l'ai vue tomber sur ses entrailles, elle est morte en répétant : "Même si nous sommes rouges et arabes ou Tamasheq, nous ne sommes pas des rebelles ni des coupeurs de route et, jusqu'à aujourd'hui, nous avons payé des impôts au gouvernement et nous sommes soumis à son armée."

Ainsi, nous les Tamasheq et leurs Arabes que le Mali a tués, non seulement nous étions innocents, mais nous étions une cible facile. A cause de la couleur de notre peau, la meute nous a chassés et pillés. Encadré par l'armée, le peuple noir de cette région, quand il nous frappait en meute, à haute voix criait, dansait et chantait en répétant : "tuez les rouges" et" balayez le Mali de tous les rouges" : kokégé en bambara et les Songhay en chœur répétaient : ho may ga, voilà l'hymne de toutes les meutes du Mali qui balayent les rouges en disant : "nettoyez sec pour faire briller la couleur du Mali". C'est avec ce slogan qu'ils nous ont massacrés et chassés jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une tache blanche ou rouge pour souiller la noirceur propre du Mali, blanchie par le rouge du sang de la blancheur des Tamasheq et des Arabes qu'on nettoie et qu'on balaye par le feu, les couteaux et les bâtons simplement parce qu'une petite aile des Tamasheq et des Arabes a prie le maquis et s'est mise à affronter l'armée du Mali pour arracher leur vérité qu'on leur a volée depuis l'époque de l'esclavagisme français qui a confié leur pays au Mali et au Niger..."

Femme anonyme :

"Moi aussi, j'ai habité Mopti avec mon mari. Il était comme ces deux témoins qui d'ailleurs sont nos frères. Nous vivions d'un petit commerce des mêmes denrées, qui nourrit beaucoup de ceux du Nord venus du désert de Tombouctou et qui vendent quelques poignées de dattes, de sel, de sucre Nous n'étions que des pauvres, qui gagnions notre vie dans ce petit commerce, une vie qui ne désirait rien d'autre que la survie au jour le jour, c'est tout.

Mais seulement, la couleur de notre peau est devenue un défaut et nous a attiré une haine et une violence nettoyeuses. Aujourd'hui, puisque j'ai le droit d'errer dans ce camp qui n'a rien d'un camp de réfugiés, c'est plutôt un camp de déchus, je vais dire, parce que j'ai pris du recul, qu'une seule chose me donne l'espoir de vivre en surpassant mon ennemi : c'est le désir de la justice et de la construction du pays et de notre nation (tumast), en les construisant sur des piliers nobles et qui respectent la dignité de tous.

Dans mon âme, c'est vrai qu'il y a le désir de vengeance et de revanche sur l'injustice qui nous a frappés, nous, les Tamasheq et les Arabes, nous, les innocents qui n'avions rien et jamais rien gâché, nous qui n'avions commis aucune faute et ne portions aucun défaut sauf celui de la couleur de notre peau..."

Khama Ould Attahir :

"Nous, nous sommes des "pauvres" (tilaqawin) qui faisions un petit commerce de misère à Mopti, si on peut appeler ainsi quelques poignées de dattes, sel, sucre et thé que nous rachetions aux grands commerçants... A huit heures du matin, alors que nos étals étaient sortis, brusquement toute la ville nous a attaqués. Ils étaient armés de machettes, de lances, de poignards et de bâtons. La foule s'est avancée comme un paravent, encadrée à l'arrière par la police, l'armée et leurs chefs. Une fois proches de nous, ils se sont divisés en deux : ceux qui étaient armés se sont mis en arrière et ils nous ont envoyé ceux qui n'étaient pas armés. La ville s'est mise à frapper les hommes sans laisser les femmes ni les enfants. Ils frappaient et pillaient. L'armée et toutes les forces du Mali qui étaient derrière eux regardaient et suivaient au cas où une résistance apparaîtrait de notre côté pour prendre l'assaut. . Encore, je me rappelle, avant qu'on ne m'écrase, j'ai vu un Arabe, mon voisin de commerce, appelé Didi ould Khamou. Je le vois quand ils l'ont frappé ; il est tombé à terre et d'autres l'écrasaient et d'autres encore plus nombreux se sont mis en meute à arracher sa misère de commerce. Mais ould Khamou avait l'âme dure. Je le vois encore tomber et se soulever, on le frappe et à nouveau il tombe et se redresse, il titube, on le frappe, et encore une fois il tombe et se remet debout, il se sauve, on le poursuit et je le vois courir comme un chien traqué par une meute humaine jusqu'à tomber sous les pieds d'un policier. Il s'accroche aux jambes et au pantalon du policier. Le policier qui surveille la sécurité de la ville encadre la meute qui assassine Didi ould Khamou. Le pauvre innocent est massacré aux pieds du policier qui surveille la ville et il se fait massacrer par les mains de toute la ville seulement à cause de la couleur de sa peau..."

Un autre exemple, lors de la conférence des cadres co-présidées le 25 Avril 1994 par le ministre de l'Administration Territoriale et son collègue Chargé du Tourisme et de l'Artisanat, deux cadres originaires de Gao ont déclaré sans détour:

- "...il y a aujourd'hui imminence d'une guerre civile dans la ville de Gao".

- "Nous allons brûler les Tamasheq".

Mais aucune précaution n'est prise pour empêcher l'éclatement d'un désastre. Des cadres et notables Tamasheq et Arabes se sont rendus chez le Gouverneur et le Commandant de la Gendarmerie pour leur faire part du danger qui les menaçait. Le gouverneur leur a dit que toutes les dispositions utiles seront prises pour éviter tout risque de débordement. Lors de l'éclatement du pillage des maisons habitées par les Tamasheq et les Arabes de Gao le 27 Avril 1991, il est remarquable de constater que les services de l'ordre n'ont fait usage ni de gaz lacrymogène, ni de matraques, ni de cartouches à blanc, toute pratique habituelle en pareille circonstance. Les dispositions n'avaient donc pas été prises pour éviter la tragédie. Le gouverneur n'avait pas respecté son engagement.

En conclusion, nous pouvons dire que les arabes et Tamasheq ont toujours été les ennemis de l'Etat Malien. Jusqu'aujourd'hui, aucune enquête n'est menée pour condamner les auteurs de cette tragédie perpétuée sur des pauvres citoyens comme tant d'autres. Ces personnes n'ont rien à avoir avec la rébellion, elles ont été maltraitées par des citoyens civiles comme eux. Il faut qu'une enquête internationale soit menée pour juger les auteurs et complices des crimes odieux commis à l'encontre des Tamasheq et des Arabes en 1963 et entre 1990 et 1995. Ils ont été tués, maltraités uniquement à cause de la couleur de leur peau. Ils ne sont pas noirs donc ils sont les ennemis du Mali, le racisme demeure. Tant que les auteurs de ces crimes ne sont pas condamnés, il n'y aura pas de paix au Nord-Mali. Chaque génération qui naîtra aura un seul désir celui de la vengeance à défaut de la justice. La gestion de la crise septentrionale passe d'abord par l'ouverture d'une enquête sur les crimes et exactions commis au Nord-Mali par des loyalistes de notre chère armée républicaine. Le Mali se dit un pays de démocratie, qu'il le montre.


Vive le peuple Tamasheq dans l'union et la cohésion.

A bon entendeur salut!


Par Ahmed Ag Zouemar