Interview avec Moussa Ag Acharatoumane

Moussa AcharatoumaneDans notre objectif de donner autant que nécessaire la parole aux populations Tamasheq et Azawadienne, nous accueillons pour notre première édition Moussa Ag Acharatoumane, membre fondateur du MNA (Mouvement National de l'Azawad) qui est devenu il y a quelques semaines MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad).

Toumast Press: Quel constat faites-vous de la situation actuelle du peuple Tamasheq?

Moussa Ag Acharatoumane: Le peuple Tamasheq traverse actuellement une période critique de son existence, notamment au Mali et au Niger où il subit de plein fouet les conséquences de la tragédie libyenne et ce sur plusieurs plans. Cette tragédie libyenne nous a mit dans une position embarrassante. Le peuple Tamasheq y est devenu un bouc émissaire. Il est accusé par tous les belligérants. Le CNT le considère comme étant partisan de l'ancien régime Kadhafi. Les pro-Kadhafi l'accusent également de supporter la révolution populaire dans ce pays.

- TP: Pouvez-vous nous parlez du plan politique de l'ancien Mouvement National de l'Azawad?

MAA: Nôtre plan politique n'était autre que la réappropriation par notre peuple de son droit à l'auto-détermination. C'est dans ce sens que nous avions fait de nombreux communiqués diffusés par de divers media depuis le 01 Novembre 2010. Nous avons mit une stratégie en place qui consistait dans un premier temps à faire une grande sensibilisation pour que les populations de l'Azawad comprennent dans un premier temps ce qu'est le MNA ainsi que ses objectifs. Notre démarche de sensibilisation a aussi consisté à définir le rôle qui leur revient. Cette politique de proximité a permit une meilleure compréhension du projet politique du MNA. Vous n'êtes pas sans savoir que le plus grand mal chez nous est le fait que nos populations ne savent pas réellement ce que sont leur droits ainsi que les voies et moyens pour réclamer ces droits. Nous avons ensuite envoyé des messages clairs au gouvernement malien autour de nos revendications et nos attentes face au rôle qui devrait être le sien. Dans un deuxième temps, nous avons mit en place des bureaux dans l'ensemble de l'Azawad afin qu'il y ai un travail de proximité et continue quand à nos objectifs.

- TP: Le droit à l'autodétermination est issu des dispositions des chartes de l'Organisation des Nations Unies et de l'Union Africaine. Mais elles ne sont pas connues au Mali et dans l'Azawad. Comment pouvez-vous améliorez la visibilité et la connaissance des droits qu'offrent ces chartes dans l'Azawad ?

MAA : Oui force est de faire ce constat. Il faut noter de prime abord qu'il y a toujours eu un manque de volonté politique de la part du gouvernement malien dont l'une des missions est de faire connaitre ces différents traités au niveau local. Malheureusement, nous n'avons pas été témoin d'actions réelles du gouvernement malien dans ce sens. Peu de gens connaissent l'existence de ces traités et la plupart des gens ignore même leurs droits au niveau national, donc ce qui fait que peu de voix et peu de personnes luttent pour la vulgarisation de ces traités internationaux, régionaux et sous régionaux.

La visibilité des droits de l'Homme passe forcement par une meilleure vulgarisation des différents traité au près de la société civile Azawadienne. Les populations veulent bien participer à cette vulgarisation et promotion des droits de l'Homme, car elles en seront les premières bénéficiaires et ce sur tous les plans. Il faudra crée plus d'organisation locales pour les jeunes et les femmes, et les appuyer ensuite tant au niveau financier qu'au niveau matériel afin qu'ils aient tous les outils et connaissances nécessaire pour mener à bien leurs actions.

- TP: Le 1er Novembre 2010, le MNA organisait son premier congrès à Tine-Bouktou. Suite à cette rencontre pourtant pacifique, vous-même et Aboubacar Ag Fadil seront arrêté par les autorités maliennes. Qu'es ce que ces événements vous ont inspiré?

MAA: Oui effectivement, nous avons été arrêté et emprisonné durant 18 jours dans les locaux des services secret malien. Ce fut une dure expérience, car personne ne se réjouit d'être entre quatre murs, mais cela reste aussi une expérience forte qui à un moment donner nous a plus servie qu'anéantie ; elle nous a servie dans le sens où ces arrestations on donné plus d'échos et plus de visibilité à notre nouveau mouvement et à nos objectifs qui sont par la suite devenu des sujets d'échanges de tous les jours sur plusieurs plateformes tant au niveau national que sur la scène internationale.

- TP: Quelle est l'image du peuple Tamasheq qui vous a le plus marqué?

Il y a deux images qui me restent en tête :

La première ce fut lors de la sécheresse en 2010 dans l'Azawad. J'y ai passé plusieurs mois avec mes parents dans la brousse durant ces moments critiques. Mon cœur fut bouleversé lorsque j'ai vu des nomades qui regardaient avec impuissance leurs bétails mourir jour après jour, ainsi que la tristesse de ces chefs de famille qui essayaient tant bien que mal de trouver de l'eau pour des enfants, femmes et vielles personne restées souvent dans des campements lointain. Je ne pourrai vous d'écrire avec de simples mots la grande difficulté de ces moments...

La deuxième c'était bien évidemment la mort de Ibrahim Ag Bahanga qui fut un grand choc pour nous tous, car il représentait un grand symbole pour la lutte contre l'occupation de nos terre. Il est surtout un homme qui a su resté fidèle à ses idéaux pendant que beaucoup se faisaient acheter par le Mali. Sa perte nous hante les esprits encore et toute la communauté en est toujours touché.

- TP: En 2009 vous étiez actif dans la lutte contre la sècheresse dans l'Azawad. Avec le recul, quelles visions gardez-vous des dures épreuves des luttes contre cette sécheresse?

MAA: J'ai juste fait ce qui est de mon devoir pour mes parents et ma communauté vu que durant cette période beaucoup de bonne volontés se sont mobiliser un peu partout dans l'Azawad, au sud du Mali, en Europe et un peu partout dans le monde pour venir en aide à nos familles. Cela a été des moments durs sans aucun doute. L'objectif était d'aider au mieux qu'on pouvait et je pense avoir fait de mon mieux comme l'ensemble des fils issu de ces zones meurtris. Malheureusement, je reconnais aussi que nous n'avons pas sauvé beaucoup de monde. Quand au gouvernement, il prétend même qu'il n'y a pas eu de sécheresse dans l'Azawad. Ceci nous a encouragés dans notre conviction selon laquelle nous n'avons plus un avenir meilleur au Mali. Avec le recul un sentiment de satisfaction sans doute pour le peu qu'on a eu à faire et un grand merci à toutes les bonnes volontés qui ont aidé dans ce sens.

- TP: Quelles visions avez-vous pour le peuple Tamasheq et l'Azawad ?

MAA: Ma vision pour le peuple tamasheq n'est autre qu'une vision d'un jeune issu d'une communauté qu'il veut voir vivre en paix chez elle et que prennent fin toutes ces interminables souffrances que nos parents endossent depuis un demi-siècle dans l'Azawad. Ce vœu aussi je le formule à l'endroit de toutes les communautés voisines dans l'Azawad qui veulent bien évidemment la même chose. Ceci est important parce que rien ne vaut la liberté. Sans cette liberté nous ne pourrons pas vivre de manière descente. Tout peuple qui souhaite la liberté doit être reconnu et respecter en tant que tel. Pour permettre d'obtenir cette liberté. Mais je voudrais rappeler qu'elle est très difficile dans le sens où nous sommes pour certains un gagne pain et aucun pays occupant ne va accepter aussi facilement cette reconnaissance. Mais par contre il ne pourra faire face à long terme à la vérité et aux droits de ce peuple de s'octroyer son auto-détermination.

- TP: Une frange de la jeunesse Tamasheq souligne l'importance de dire, écrire, et raconter toute l'histoire du peuple Tamasheq qu'elle soit positive ou négative, heureuse ou douloureuse. Comment jugez-vous l'importance de cette démarche?

MAA: Tous les peuples du monde à un moment ou à un autre sont passé par cette étape, à savoir écrire leur histoire afin quelle reste pour les générations à venir. Les jeunes issus de cette communauté ont un grand rôle à jouer dans le sens de l'écriture de leur histoire. Quelques jeunes se sont déjà mit au travail pour faire voir une réalité en multipliant les écrits. Cela est une bonne chose et très encourageant pour le devenir de notre communauté. Je pense que la majorité des jeunes Tamasheq aujourd'hui a conscience de ce qui lui revient comme mission dans le cadre de cette vulgarisation de notre histoire. Quelques uns se mettent au travail mais beaucoup reste encore à faire.

- TP: En suivant l'information du moment, on ne peut échapper à la crise Libyenne et à la mort de Kadhafi. Que vous inspirent ces évènements?

MAA: Des événements que ma communauté subis durement entre confusion et amalgame infini dont font objet les touaregs depuis le début de cette crise. Nous avons dans un premier temps assisté à une campagne sans précédant qui faisait des Touaregs des mercenaires qui viennent en grand nombres depuis certaines villes de l'Azawad (Kidal, Ménaka, Gao) ce qui n'était pas tout à fait vrai. Nous n'avons jamais été mercenaires de qui que se soit, les Touaregs qui sont en Libye ont combattu comme tous les autres Libyens aux côté du CNT mais aussi au côté de l'ancien régime. Cette nouvelle page qui s'inscrit en Libye et qui avait commencé en Tunisie avec Mohamed Bouazizi qui s'était immolé a fait renverser des régimes qu'on pensait indéboulonnables et toujours dans les pages du passé. Ces événements nous prouvent que les peuples se réveillent et prennent leurs devenirs en main pour balayer toute présence non souhaité par le peuple. Cela doit nous donner beaucoup de leçon pour faire plus dans nôtre cas.

- TP: Il y a aujourd'hui une campagne médiatique pour atternir encore plus l'image du peuple Tamasheq. Qu'es ce qui explique cela et que peux être des voies et des moyens pour réfuter ces allégations ?

MAA: Pour rétorquer ces affirmations parfois sans fondement, les journalistes et les presses qui les diffusent doivent s'approcher des populations concernées afin de prendre leur point de vue en compte. Il est vrai que nous assistons à une campagne médiatique qui tend à dégrader l'image des Tamasheq en nous en confondant à tout et rien. Cela s'explique par le fait que les Tamasheq se trouvent dans une position de faiblesse, chacun va de son pronostique pour dire ce qui lui vient en tête sur les Tamasheq et peu de voix Tamasheq aussi s'élèvent pour démentir par ce que tout simplement nous n'avons pas souvent accès à ces médias et beaucoup d'entres eux ne prennent pas trop la peine de venir vers les Touaregs. Aujourd'hui je pense que quelques jeunes présents sur les réseaux sociaux sont entrain de remédier a petit feu à ce problème. Pas mal d'organisation aussi maintenant ont leur propre canal de communication, tout cela est un plus. Pour éviter toute cette campagne mediatique, les Tamasheq doivent communiquer encore plus afin de faire connaitre leur point de vue sur des questions qui les impliquent et les concernent directement.

- TP: Pouvez-vous nous expliquer le rôle que les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) jouent et peuvent jouer dans la promotion de la situation du peuple Tamasheq ?

MAA: Les nouvelles technologies de l'information jouent un grand rôle dans la promotion de tout ce qui est Touareg, avec la création par exemple d'un site comme Temoust.org qui est un site de référence pour tout l'international et un nombre important de blogs de jeunes Tamasheq. Ces nouvelles technologies permettent aux gens de faire passer plus et atteindre un large et grand public en quelques heures. Donc elles aident beaucoup.

- TP: Que pensez-vous de l'inactivité de certains élus du peuple Tamasheq à l'exemple de certains députés à l'Assemblée Nationale du Mali ?

MAA: D'abord je me réjouis que nous ayons des élus qui nous représentent dans cette assemblé même si je trouve que la majorité d'entres eux ne jouent pas tout à fait le rôle qui leur revient en tant que véhicule des aspirations de leur populations à la plus haute instance de leur pays. Mais d'autres parmi eux avec qui j'ai eu à travailler font aussi de bonnes choses. L'arène politique malienne n'est pas toujours facile à comprendre, ce qui fait que peu de valeur sont accordés aux élus qui sont dans leur majorité des forces qui n'utilisent pas toutes les armes qu'ils ont.

- TP: L'un des plus grands maux de la jeunesse intellectuelle du peuple Tamasheq est, en tout cas celle présente sur internet, est son absence de désir pour l'action volontaire pour servir sa communauté. Que vous inspire ce constat ?

MAA: Je ne sais pas si c'est le cas en réalité. Disons que peu écrivent peut être et s'expriment sur les questions qu'on pourrait juger importante. Je ne pourrai donner de leçon à personne, juste que je pense nous les jeunes Tamasheq doivent redoubler d'effort afin de donner une grande visibilité aux questions qui traitent de notre devenir politique, économique et social. Cela est un devoir je pense pour nous tous.

- TP: Quel message avez-vous pour une partie ou toute la communauté du Mali et d'ailleurs?

MAA: Je voudrais leur demander de prendre conscience des tristes réalités que nos parents vivent et que ce malheur incombe à chacun de nous et nous avons tous le devoir de sortir nos parents de cette oppression qui n'a que trop durée. Tous les Kel Tamasheq doivent aujourd'hui s'unir au tour d'un idéal commun à savoir le droit à l'auto-détermination de notre peuple afin qu'on retrouve cette liberté tant recherchée qu'on nous a arrachée depuis 50 ans.

 

 Propos recueillis par Mohamed Aboubacrene Ag Ibrahim