Interview avec Moussa Ag Assarid suite à la libération par le MNLA de 3 prisonniers de guerre

Moussa Ag Assarid à la manifestation en faveur de l’Azawad, Belgique, 26 Février 2012. © Petra HassanAprès la libération historique de trois prisonniers de guerre par le MNLA, Toumast Press reçoit l'écrivain et consultant Moussa Ag Assarid, l'un des artisans de cette libération. M. Ag Assarid souligne l'importance de ces libérations afin de soulager les familles des prisonniers et souligne les bonnes relations qui existent entre le MNLA et les organisations humanitaires présentes sur le terrain et invite toutes les autres organisations humanitaires à se rendre dans l'Azawad sécurisé par le MNLA après la démission totale du Mali. Droit dans les yeux, en toute honnêteté, il nous a assuré que ses recherches de réponses dans l'Azawad il y a un moins l'ont convaincu qu'absolument aucun lien n'existe entre le MNLA et l'organisation terroriste AQMI, et que la vérité triomphera face à la propagande mensongère du Mali.

Toumast Press: Moussa Ag Assarid, merci pour votre disponibilité et l'occasion que vous offrez à nos lecteurs de savoir un peu plus sur cette libération. Pourquoi le MNLA a pris la décision de libérer ces prisonniers?

Moussa Ag Assarid: Le MNLA est un mouvement révolutionnaire qui se bat pour le bien-être du peuple de l'Azawad avec toutes ses composantes c'est-à-dire principalement les Songhays, les Arabes (Maures), les Peulhs et les Kel Tamasheqs (Touaregs). C'est dans ce souci que les responsables politiques et militaires du MNLA ont décidé de façon unilatérale sans aucune contre partie ni négociations préalables de libérer des prisonniers de guerre originaires de l'Azawad pour soulager leurs familles et écourter leurs souffrances. Pour nous, il important que chaque individu, chaque famille, chaque ethnie ou chaque communauté comprenne que nous lui voulons du bien. Ces personnes azawadiennes ont été envoyé par l'Etat malien pour nous combattre et nous les avons pris arme à la main puis après les avoir désarmé nous les avons gardé en prisonniers de guerre. Nous les avons traitées en frères et selon les conventions de Genève comme tous les autres qui sont en notre possession actuellement. Et nous avons pensé à la situation de confusion de leurs proches qui sont nos concitoyens azawadiens.

Toumast Press: Quels sont les relations qui existent entre votre mouvement et les organisations humanitaires et de droits de l'homme?

MAS: Le MNLA veut rétablir l'ordre dans l'Azawad en le protégeant contre ceux qui le rendent depuis quelques années infréquentable avec la complicité des autorités maliennes c'est-à-dire AQMI et les trafiquants de tout genre pour permettre à tout le monde d'y circuler librement. Cette situation insupportable pour notre population a fait fuir les touristes, les ONG, les journalistes, les documentaristes, les prospecteurs miniers et les acteurs du développement. Finalement la population azawadienne est devenue otage de ces malfaiteurs sans aucune intervention de l'Etat.

Et aujourd'hui avec le fait que nous contrôlons la quasi-totalité des frontières de l'Azawad avec ses voisins, nous avons de très bonnes relations avec les organisations humanitaires et de droits de l'homme qui parviennent à se rendre dans l'Azawad malgré la campagne d'intoxication des autorités maliennes. Elles sont les bienvenues chez nous pour faire leur travail en toute indépendance et en toute neutralité. Nous ferons le maximum de nous-mêmes pour leur faciliter l'accomplissement de leur mission au profit du peuple azawadien qui traverse actuellement l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. C'est ainsi que nous avons invité le CICR à visiter tous les prisonniers de guerre que nous détenons. Cette ONG a déjà pu visiter plusieurs sites où se trouvent ces détenus. Et c'est elle qui a transmis les trois prisonniers azawadiens que nous avons libéré à leurs familles le 1er mars derniers à Tombouctou. Et nous les remercions profondément pour leur neutralité et leur professionnalisme.

A ce jour, peu d'organisations humanitaires et de droits de l'homme sont présentes sur le territoire de l'Azawad mais nous invitons toutes celles qui le souhaitent à venir pour aider les populations à surmonter les difficultés qu'ils traversent actuellement.

Toumast Press: Juste après avoir pris votre décision de rejoindre le MNLA, vous avez entrepris un voyage au nord du Mali pour constater de par vous-même si des relations existent entre le MNLA et les mouvements extrémistes. Quel constat y avez-vous fait par rapport au traitement des soldats Maliens emprisonnés par le MNLA?

MAS: Je voulais surtout partager la réalité difficile des braves hommes qui combattent sur le terrain au prix de leur sang pour la liberté du peuple azawadien opprimé depuis plus de cinquante ans. Cette rencontre m'a permis d'échanger pendant de longues heures et jours avec des membres du bureau politique mais aussi avec l'Etat major militaire du MNLA. Je me suis rendu compte que mon analyse de la situation était bien fondée et que ce mouvement révolutionnaire est vraiment porteur de valeurs profondes de justice, de fraternité et d'union pour permettre au peuple de l'Azawad de vivre libre et dignement avec toutes ses richesses ethniques et économiques. Ma découverte de l'armée multiethnique du mouvement et le traitement des prisonniers par nos combattants m'ont profondément touché. Ces derniers reçoivent par exemple la même ration alimentaire que les militaires révolutionnaires. Ils m'ont raconté leur quotidien et m'ont confié que les membres du MNLA s'occupent bien d'eux, de manière respectueuse et humaine.

J'ai aussi découvert à travers les témoignages de certains prisonniers et déserteurs de l'armée malienne qu'il y a bel et bien une complicité entre les autorités maliennes et les terroristes d'AQMI et les trafiquants de drogues. Un des gendarmes détenu qui servait à Larnebe près de Léré m'a, par exemple, raconté que des groupes de ces terroristes venaient régulièrement se ravitailler en vivres dans cette localité et s'arrêtaient à une centaine de mètres de leur poste de contrôle mais que les gendarmes maliens avaient ordre de leurs supérieurs hiérarchiques de ne rien faire et de ne rien dire.

Toumast Press: Dans le même temps, que pensez-vous de la réaction du Mali qui au lieu de suivre le noble exemple du MNLA emprisonne plutôt des civils et militaires dont presque personne n'a de nouvelles?

MAS: Nous constatons malheureusement que le pouvoir central de Bamako a choisi de diviser pour mieux régner en finançant des milices communautaires pour combattre le MNLA aux côtés de l'armée malienne. Il les galvanise en les incitant à une guerre ethnique qui aboutit à un génocide. C'est ainsi que l'armée malienne et ces milices abusent de leurs forces pour massacrer des populations civiles et des militaires originaires de l'Azawad dont le seul tort est la couleur de leur peau. Ces personnes sont tuées ou emprisonnées sous la torture dans des lieux tenus secrets en violation des conventions de Genève dont le Mali est signataire. Les bombardements honteux de civils non armés par des avions de guerre maliens sont des actes ignobles et lâches qui n'honorent pas le président-général Amadou Toumani Touré ni son gouvernement.

Toumast Press: En de termes plus concrets, que signifie cette libération de prisonniers Maliens en bonne santé lorsque la propagande mensongère du Mali accuse le MNLA d'être en relation avec l'organisation terroriste AQMI?

MAS: Pour trouver des soutiens militaires et financiers des occidentaux, le pouvoir central du Mali a choisit de nous assimiler aux terroristes d'AQMI qu'il a aidé à s'installer sur la terre de nos ancêtres depuis près de 10 ans. Il est en train de financer beaucoup de moyen dans le cadre d'une campagne nationale et internationale d'intoxication qui consiste à falsifier la vérité et berner le monde pour exterminer le peuple azawadien qui se bat pour sa liberté à travers le MNLA.

C'est effectivement une propagande mensongère du Mali contre le MNLA. Je vous dis en âme et conscience que le MNLA n'a absolument aucune relation ni avec AQMI ni avec les trafiquants de drogue. Le Mali n'a donné aucune preuve qui justifie le contraire.

Par ailleurs, le Mali, à travers sa communication erronée, après avoir corrompu la quasi-totalité de la presse malienne et certains correspondants accrédités à Bamako, nous colle l'étiquette de « rébellion touarègue » menée par « des terroristes bandits armés ». Alors que nous sommes un mouvement révolutionnaire politique et armé pour la liberté et la justice de l'Azawad. Le Mali continue de nier malgré toutes les preuves visibles sur le terrain la multiethnicité de notre mouvement, la légitimité de notre combat et le soutien indéfectible de notre peuple azawadien multiethnique.

Mais la vérité finira par triompher et l'histoire retiendra les actions réalisées par les hommes dans les deux côtés.


Merci beaucoup M. Ag Assarid.


Propos recueillis par Acherif Ag Intakwa