Interview avec Moussa Ag Assarid: "Je n'ai retourné ni ma veste ni mon chèche"

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Suite aux nombreux évènements dans l'Azawad, Toumast Press a rencontré Moussa Ag Assarid, Chargé de l'Information et de Communication du Conseil Transitoire de l'Etat de l'Azawad (CTEA). En des termes remplis de sincérité, il nous livre sa lecture des évènements et son acceptation des critiques constructives.




Moussa Ag Assarid: Le 31 Mai dernier, Toumast Press à écrit un article intitulé «Ansar Adine: Ces porte-paroles du MNLA qui ont rapidement retourné leur veste». Avec le temps, que pensez-vous de cet article qui s'adressait en partie à vous?

Moussa Ag Assarid: Par rapport à cet article, je ne me reproche absolument rien du tout. Ceci dit, nul n'est parfait, et dans la démocratie Azawadienne, tout le monde est critiquable. Toumast Press est un media indépendant que je respecte et auquel je n'en veux pas d'avoir dit ce qu'il pense me concernant. Cependant, je dis haut et fort, que je n'ai retourné ni ma veste, ni mon chèche. Je me suis toujours battu à ma manière, avec mon stylo, mon microphone, et mes idées.

Je n'ai jamais retourné ma veste. Je me suis adapté à une décision collective du groupe, et j'ai décidé de me battre à l'intérieur de ce groupe, sans radicaliser ma position, ou m'exclure de ce groupe qui est celui qui doit amener le changement que l'Azawad et son peuple dans toute sa diversité attendent.

Par rapport à ce que j'ai dit sur RFI, je l'assume et je ne regrette absolument rien. Il est important de savoir que RFI n'a utilisé qu'une partie de la phrase dont il était question. J'ai dit que «le peuple de l'Azawad dans toute sa diversité choisira selon ses institutions de vivre dans un état islamique ou laïque». Malheureusement RFI a coupé la partie «ou laïque».

J'ai toujours été proche des sans-voix, mes activités humanitaires et professionnelles sont là pour le démontrer pleinement. Au sein du MNLA, je me suis toujours mis derrière le peuple, et je fais partie de ceux qui ne cessent de rappeler que tout accord signé dans le cadre de la gestion nationale et qui ne prend pas en compte l'avis du peuple est voué à l'échec. Les acquis de mes longues études ne peuvent pas me permettre d'être extrémiste ou radical ou suivre une quelconque idéologie religieuse. Je suis né et grandit dans la pratique d'un islam tolérant et modéré et je respecte toutes les religions du monde.

Etant aujourd'hui à l'abri du besoin ne serait-ce qu'à travers les droits d'auteurs de mes livres, je ne vois absolument pas comment une personne ou une organisation puisse me corrompre pour défendre une idéologie quelconque. Dans ce sens, je reste résolument convaincu à la justesse du combat que mène le MNLA pour l'indépendance de l'Azawad et aucune personne ou organisation ne peut me faire dévier de la voie de notre lutte pour la liberté, la dignité et le bien-être de notre peuple.

Aujourd'hui ce sont surtout des Azawadiens qui veulent entraver la si-bonne marche de la libération de l'Azawad. Mais en toute sincérité, en tant qu'Azawadien, qui peut nous offrir un cadeau meilleur que celui d'un Azawad indépendant, un Azawad dans lequel on réalisera le rêve des générations précédentes et permettre à chaque Azawadien qu'elle qu'il soit de trouver sa place?

L'Azawad a besoin d'hommes et de femmes convaincus qui continueront la lutte jusqu'à la réalisation de l'objectif final, peu importe les conditions et les circonstances. Je fais partie de ceux qui ne se laisseront pas corrompre par quoi que ce soit, qui ne trahirons jamais la mémoire des hommes et des femmes qui se sont sacrifiés pour qu'on arrive à ce point.

Comment puis-je trahir la mémoire de nos martyrs? Comment puis-je me détourner du rêve et des moments intenses que j'ai partagés entre autres avec feu Abdoussalam Ag Babahmed [mort au combat en Février 2012, NDLR], feu Bouna Ag Attayoub et feu Mohamed Ag Ibrahim dit Wari [morts au combat le 27 Juin 2012, NDLR]? Comment puis-je trahir leur sang? J'ai dépassé le stade de la petitesse d'esprit et de la cupidité qui consiste à trahir le sang de mes frères. Je ne le ferais jamais.

Toumast Press: Merci pour ce rappel qui est très important vu les évènements actuels. Nous constatons dans l'Azawad une espèce de vents contraires qui tendent à s'autodétruire et nuire à l'Azawad. Quelle lecture faites-vous des actions de certains Azawadiens?

Moussa Ag Assarid: Dans l'histoire de chaque peuple, et de chaque nation, il y a toujours des moments de joie et de tristesse. L'Azawad est éternel, comme le Mali est éternel et comme les autres nations sont éternelles. Les hommes arrivent et partent. Ce sont les actes qui vont juger et qui vont rester dans l'histoire. Certains écrivent l'histoire de leur sang. D'autres l'écrivent avec leur salives, et d'autres encore avec leur plumes et leur claviers d'ordinateurs.

L'objectif final de l'Azawad qui est la reconnaissance n'est pas loin. Il arrivera. Donc ce n'est pas le moment de baissé les bras, mais plutôt de redoublé d'efforts.

Dans tout tremblement de terre, il y a des répliques. Nous sommes actuellement dans une phase intermédiaire, et une fois passé, les générations futures en récolteront les fruits. Nous avons un combat légitime et juste qui s'inscrit dans le temps. Les Azawadiens dans leur ensemble doivent tenir bon.

Il est malheureux que des Azawadiens aient de mauvaises intentions et essayent de nuire à l'intérêt général. Vous savez, quelques jours avant les affrontements à Gao entre le MNLA et les terroristes du MUJAO, de Boko Haram et d'AQMI, un officier de l'Etat-major du MNLA tombé sur le champ d'honneur me disait: «la révolution est compliqué car c'est certains d'entre nous qui vont nous vendre. Les gens aujourd'hui ont des faux sourires.» Mais malgré ces mauvais sourires, malgré les coups bas, malgré les trahisons, nous devons tenir bon, et continuer à œuvrer pour le bien de l'Azawad et des générations futures.

Toumast Press: Comme d'habitude, il y a une grande propagande qui circule concernant l'Azawad et la position du MNLA et de ses représentants. Qu'en est-il en réalité?

Moussa Ag Assarid: Il y a effectivement, comme toujours d'ailleurs, la campagne de propagande orchestrée par des forces tapies dans l'ombre. Mais l'essentiel c'est que le MNLA et l'Azawad se portent bien et sont en marche vers la victoire définitive qui est la reconnaissance internationale tout en anéantissant les terroristes prédateurs qui nuisent à notre existence et au bien-être des Azawadiens.

Contrairement à ces propagandes, il faut savoir que le Président du CTEA, Monsieur Bilal Ag Acherif se porte très bien de même que l'ensemble des membres du CTEA qui ne ménagent aucun effort pour atteindre la victoire définitive.

Il se dit aussi que le MNLA a été vaincu par les terroristes du MUJAO, de BOKO HARAM et d'AQMI à Gao. Ceci n'est pas le cas. Le MNLA, n'a pas voulu faire un combat à l'arme lourde dans une ville qui est la plus habitée de l'Azawad pour éviter un carnage et un bain de sang à la population civile. Pour des raisons comme celles-ci, le MNLA n'est pas dans les centres de certaines villes, mais ceci ne veut absolument pas dire que le MNLA est subitement absent de l'Azawad. Le MNLA est présent sur l'ensemble de l'Azawad, et contrôle l'ensemble des frontières et les principales routes.

C'est d'ailleurs pour continuer à prendre les populations civiles en otages et en boucliers humains que les terroristes ont posé des mines aux alentours de la ville de Gao pour ne pas permettre à aucun civil de sortir. Mais ceci n'empêche pas le MNLA de continuer la mise en place de sa nouvelle stratégie de lutte anti-terroriste.

Il faut savoir que la lutte contre le terrorisme est un combat sans fin, que même les plus grandes puissances mondiales mènent depuis plus d'une dizaine d'année. Mais nous, nous ne laisserons jamais notre Azawad aux terroristes ni à personne. Nous allons continuer à nous battre en étant disponible au dialogue avec le Mali, et en espérant que ceux qui combattent les terroristes viendront nous rejoindre. Mais cependant, il faut rappeler que nous sommes les seuls qui peuvent combattre les terroristes dans l'Azawad.

Toujours dans la lutte contre le terrorisme, la collaboration avec les pays voisins est primordiale, et nous l'appelons de nos vœux. Car nous ne pourrons débarrasser la bande Sahélo-Saharienne du terrorisme, qu'en coopérant ensemble.

Toumast Press: Quels conseils avez-vous pour la jeunesse qui essaye de suivre vos pas?

Moussa Ag Assarid: Je pense sincèrement que c'est surtout par le travail que nous pouvons construire l'Azawad, le travail consciencieux, le travail bien fait, et le travail avec amour et conviction. C'est dans la confiance, l'union, la coopération, et dans l'équité que nous pouvons nous en sortir.

Pour que tout ceci marche, il faut l'éducation. Les Azawadiens doivent construire une culture d'excellence académique pour nos enfants et les générations futures. La plus importante charge repose sur les épaules de la jeunesse qui est à même de faire bouger des montagnes.

Pour les réussites futures, nous ne devons garder aucune haine contre qui que ce soit. Les Azawadiens qu'ils soient aujourd'hui à Sevaré, à Bamako, à Gao, à Tombouctou, à Menaka doivent tous savoir que l'Azawad leur appartient, et ils en feront ce qu'ils décideront. Nous ne devons sous aucun prétexte nous adonner aux dérives que sont la haine et la recherche de vengeance.

Aujourd'hui, tout Azawadien, où qu'il soit, quel que soit son origine, sa coloration politique, et autres, peut apporter, et doit apporter quelque chose de positif à l'Azawad. Tout Malien aussi, peut apporter quelque chose de positif et de constructif à la paix, à l'amitié, à la tolérance, et au bien-être de tous en général, et entre le Mali et l'Azawad en particulier. Aujourd'hui nous devons tous construite la paix, et construire l'Azawad dans le respect mutuel sans oublier nos cultures et nos identités, et la coopération légendaire entre l'ensemble des communautés Azawadiennes.


Propos recueillis par Acherif Ag Intakwa