Interview avec Moussa Ag Assarid: L’Azawad entre actions anti-terroristes et diplomatiques

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A la vieille de la guerre anti-terroriste qui sera menée par les autorités Azawadiennes, Toumast Press a tendu son micro à Mossa Ag Assarid, président du MNLA en Europe et Chargé de Communication du CTEA. Dans un entretien sans langues de bois, il revient sur les crimes terroristes dans l'Azawad, et réaffirme que le MNLA et le CTEA prennent toutes la mesure de leurs responsabilités et des attentes populaires. Enfin, il lance des messages d'unions et d'actions à la jeunesse et au peuple Azawadien.

 

 

Toumast Press: Bonjour Moussa Ag Assarid. Merci de prendre le temps de répondre à nos questions en ce moment si paradoxal pour l'Azawad où des avancées significatives sont faites sur le plan national et international, mais dans le même temps, une certaine audience Azawadienne commence à perdre patience face au silence de ses protecteurs, le MNLA.

Vous avez condamné récemment les exactions des organisations terroristes à Tombouctou au moment de l'exécution publique de Mossa, un citoyen Azawadien. Pouvez-vous revenir sur ces crimes odieux?

Nous avons décidé de mener une guerre d'indépendance qui n'est pas une course de vitesse dans laquelle il faut s'adonner à la précipitation. Le MNLA s'est engagé auprès du peuple de l'Azawad à le rendre complètement indépendant et à le réhabiliter dans sa souveraineté. Ceci est un combat long et difficile qui ne se fera pas en un jour ou un an. Il faut de la détermination, de la persévérance et de la patience.

Le MNLA a commencé son combat et il a réussi la première étape en combattant l'armée Malienne sur le territoire de l'Azawad pour le libérer. Maintenant, il faut passer aux prochaines notamment de mettre fin à la présence des organisations narco-terroristes dans l'Azawad. Cette étape est plus difficile et demande une plus grande préparation du MNLA dans le sens où nous sommes convaincus que ces organisations narco-terroristes sont téléguidées depuis l'étranger et exécutent des agendas politiques inavoués.

Ce qui se passe par rapport à nos concitoyens est affreux, horrible, et inhumain. Si nous ne sommes pas intervenus aujourd'hui, c'est parce que nous voulons que ça ne se répète plus. C'est pourquoi nous sommes en train de nous organiser méthodiquement et à tous les niveaux pour que plus jamais de tels agissements n'interviennent encore. C'est une nouvelle stratégie que nous mettons en place qui tient compte de tous les facteurs et acteurs pour le bien-être de tout le peuple de l'Azawad.

Nous condamnons avec la dernière rigueur ces actes. A nos compatriotes qui ne sont pas sur le terrain militaire, nous disons que nous n'oublions et négligeons rien du tout. Nos préparations prennent le temps qu'il faut, mais l'objectif sera atteint, Inch'Allah.

Toumast Press: Vous avez parlé de la durée du combat, ce crime de Tombouctou n'est pas le seul commis par les terroristes. Il y a eu des lapidations à Aguelhoc, des flagellations un peu partout, des pieds et des mains coupés également. Nous n'avons pas vu de véritables réactions du MNLA et du CTEA. Quand est-ce que les populations Azawadiennes prises en otage par les organisations terroristes peuvent-elles espérer une réaction sur le terrain de votre part?

Moussa Ag Assarid: Nous avons pris avec toute la gravité les souffrances des populations Azawadiennes. Nous faisons tout pour que cela s'arrête et ne puisse plus se répéter. Je peux vous dire, et assurer aux Azawadiens qu'il ne nous manque que l'union de tous les Azawadiens quelques soient leurs communautés. Si nous avons pris un peu de temps, c'est parce que nous espérons une plus grande union autour de nous.

Ce temps a permis aux Azawadiens convaincus de resserrer leurs liens autour du MNLA. Il a aussi permis de faire la différence entre les vrais révolutionnaires, les traitres et les marchands de sangs qui n'ont rien à faire dans notre lutte.

Les révolutions se nourrissent de leurs premiers fils. Nous pensons encore une fois à tous ceux qui se sont battus et ont laissés leur vie sur le champ de bataille, mais aussi ceux qui ont péri sous les balles, les pierres, et les couteaux des narco-terroristes. Ils ont participé à faire avancer la révolution comme ceux qui sont tombés sur le champ de bataille.

Nous n'avons malheureusement pas été compris au début. Nous avons été comparés aux organisations narco-terroristes et nous avons été lapidés par la presse griotte de Bamako que certains ont malheureusement écoutée. Nous n'avons pas voulu être méchants en supprimant tous les liens avec Bamako. Nous n'avons pas coupé la télévision. Nous n'avons pas coupé les radios, ni toutes les antennes de réception téléphonique. Nous n'avons pas empêché aux journalistes de faire leur travail. Nous n'avons pas altéré le bien-être des Azawadiens, ce qui nous différencie aussi bien de l'armée Malienne que des organisations narco-terroristes.

Le Mouvement National de la Libération de l'Azawad interviendra bientôt pour finir la tâche que lui a confiée le peuple. Pour des raisons de stratégies militaires, nous ne pouvons donner la date exacte ni plus d'informations.

Toumast Press: Vous avez parlé de l'importance de l'union des Azawadiens, vous avez aussi parlé des révolutionnaires de circonstances, des marchands de sangs, des traitres, des vendus. À Toumast Press, nous avons reçu plusieurs réactions de lecteurs qui nous disent que le MNLA s'handicape lui-même parce qu'après avoir identifié cette catégorie de révolutionnaire de circonstances et de traitres, le MNLA ne les a semblent-ils pas mis à l'écart. Qu'en est-il en réalité?

Moussa Ag Assarid: Quand on pense aux 6 mois qui se sont écoulés depuis la déclaration de l'indépendance de l'Azawad, quand on pense aux 500.000 déplacés et réfugiés, quand on pense à toute cette jeunesse sacrifiée dont l'avenir est aujourd'hui encore plus incertain, je pense qu'il y a certaines choses qui sont intolérables. Je fais partie de ceux qui pensent que certaines choses ne sont pas à tolérer. Il faut aller de l'avant. Une caravane ne périt pas entièrement parce qu'il y a quelqu'un qui a sommeil, malade, ou en incapacité temporaire. La caravane continue et la personne en question est portée sur un chameau et est soignée en marche pour ne pas mettre en péril l'ensemble de la caravane.

Je pense que chacun doit assumer sa responsabilité parce qu'il s'agit de l'intérêt général du peuple de l'Azawad. Cependant, le moment de la rupture n'est pas encore arrivé. Ils auraient dus eux-mêmes se mettre à l'écart. Mais comme ils ne se sont pas mis à l'écart, le moment viendra. Comme disent les pères fondateurs des Etats Unis d'Amérique, chaque jour nous faisons un peu plus, l'impossible prend juste un peu de temps. Dans un futur proche, les poissons pourris seront obligés de se retrouver en surface de l'eau, et on saura qui est qui.

Nous avons une jeunesse qui est l'avenir de l'Azawad mais qui aujourd'hui se retrouve pratiquement sans espoir car ayant perdu deux années scolaires et académiques. Nous avons des cadres et des intellectuels qui sont presque rejeté par certains décideurs de l'Azawad. Et ces décideurs eux-mêmes semblent ne pas coordonner leurs actions.

Je pense que ce n'est pas le moment de remettre tout en cause. Le moment des comptes viendra. Aujourd'hui nous faisons face à un ennemi qui est en train de ronger notre peuple. Il faut le dégager d'abord, et après se regarder en face pour se dire les 4 vérités.

Ceci dit, chaque Azawadien, chaque intellectuel, chaque cadre a sa place dans l'Azawad. Même s'il ne fait pas parti du bureau politique du MNLA, même s'il ne fait pas parti de l'état-major militaire du MNLA, même s'il ne fait pas partie des 27 membres du CTEA.

Les cadres ne doivent pas laisser les choses se faire sans eux. Même si on ne fait pas parti du CTEA, on peut faire des propositions à tous les niveaux. Ce n'est pas parce que nous ne faisons pas parti du CTEA, qu'on ne doit pas être acteur de la lutte que nous menons aujourd'hui.

Toumast Press: Vous avez personnellement mené une série de rencontres diplomatiques en Europe, en Afrique, et ailleurs. Nous comprenons que vous ne voulez pas nécessairement en parler car qui dit diplomatie dit discrétion. Mais pour ces Azawadiens qui tendent à perdre patience, et à se décourager, pouvez-vous leur faire une description générale des actions que vous menez?

Moussa Ag Assarid: Vous savez, avec Hamma Ag Mahmoud Chargé des Relations Extérieures et de la Coopération Internationale du CTEA, nous avons la chance d'avoir parmi nous une personnalité Azawadienne qui a une expérience et qui a une force extraordinaire a partagé avec l'Azawad. Je suis heureux de le côtoyer et de sillonner une partie de l'Europe et de l'Afrique en sa compagnie. Je joins mon petit réseau à son important portefeuille de contact en vue d'apporter le maximum à l'Azawad sur le plan diplomatique sans oublier l'apport considérable de tous les autres responsables du MNLA.

Comme vous le savez, nous n'avons pas beaucoup fait état de ces rencontres car comme vous dites si bien la discrétion est importante, mais pour rassurer les Azawadiens et vos lecteurs, je peux vous dire que les choses avancent dans ce domaine-là et avancent bien. Nous avons visité plusieurs pays, et je peux dire que le message est passé, et le monde ne dira pas qu'il ne savait pas. Si demain, il y a un génocide ou un nettoyage ethnique qui intervenait dans l'Azawad de par l'intervention des soldats Africains, le monde ne dira pas qu'il n'avait pas été prévenu.

L'Europe dans son ensemble ne dira pas qu'il n'a pas été prévenu car nous avons rencontré les parlementaires européens à Bruxelles et à Strasbourg et nous avons été dans plusieurs pays, entre autres, en France, en Espagne et en Europe de l'Est. Les Azawadiens doivent se rassurer car la lutte sur le plan diplomatique est bien avancée et les soutiens de l'Azawad sont importants dans tous les domaines et avec le temps ils auront de bonnes nouvelles.

Toumast Press: La jeunesse Azawadienne ô combien importante pour la reconnaissance de l'indépendance de l'Azawad semble perdue. Quel message souhaitez-vous lui faire parvenir?

Moussa Ag Assarid: L'avenir de l'Azawad se trouve entre les mains de la jeunesse Azawadienne dans toute sa diversité. Je voudrais lancer un vibrant appel à toute la jeunesse Azawadienne pour qu'elle se mobilise et se prenne en charge dès maintenant au lieu de s'impatienter. Le combat ne pourra jamais s'accomplir tant que la jeunesse ne s'investisse pas totalement et positivement.

Toumast Press: Avez-vous un dernier mot au peuple Azawadien?

Moussa Ag Assarid: J'en appelle à l'union de tous les Azawadiens, pas seulement des Touareg. L'Azawad ne se fera pas qu'avec les Touareg. L'union des Sonrhaï, des Peulhs, des Arabes et des Touareg est nécessaire pour y arriver. Et chacun y a sa place et il faut qu'il l'occupe pleinement. Une partie déterminante de l'histoire de l'Azawad voir du monde est en train de s'écrire actuellement et c'est important que les Azawadiens en soient vraiment les auteurs et acteurs de leur propre destin. Sinon elle se fera malheureusement sans nous et nous serons tous emportés par les tourbillons de la mondialisation prédatrice.

La fraternité de notre peuple Azawadien qui nous a permis de résister à toutes les agressions souvent meurtrières doit continuer de prévaloir malgré toutes les tentations malsaines et les propagandes haineuses de ceux qui nous divisent et qui veulent nous voir disparaître pour leur bien-être. Comme le faisaient nos ancêtres chaque songhoy doit protéger son touareg (tamachek), chaque peulh son arabe (maure) et réciproquement, nous devons à tout prix préserver notre lien social et la cohésion intercommunautaire pour être au-dessus des jeux d'intérêts personnels et d'États qui nuisent à ce qui fait de nous ce que nous sommes : un peuple hospitalier, solidaire et digne.

Chers frères et sœurs Azawadiens, ensemble tout devient possible, toute communauté confondue, nous réussirons malgré tout, à résister et continuer de cultiver notre avenir commun pour relever le défi du développement dans la paix et la sécurité de l'Azawad et du monde.

 

 

Propos recueillis par Acherif Ag Intakwa